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PASSAGE DU NORD-OUEST

Yvan Bourgnon : «Le seul plaisir : avoir accompli quelque chose d’exceptionnel»

Les paumes de ses mains sont rêches mais guère abîmées, sa tignasse et sa barbe de père Noël ont été élaguées. Le visage est rieur, l’œil vif. La ressemblance avec son frère aîné Laurent, disparu tragiquement lors d’une plongée en juin 2015, n’a jamais été aussi frappante. En tongs, Yvan Bourgnon, semble en pleine forme et consent avoir perdu dix kilos lors de ses 70 jours de navigation solitaire sur sa Louloutte, son catamaran de sport de 6,50 mètres, parti pour franchir le passage du Nord-Ouest. Sans jeux de mots, son récit est glaçant, c’est le moins que l’on puisse dire !
  • Publié le : 02/10/2017 - 00:01

Yvan BourgnonYvan Bourgnon le jour de son arrivée. Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : Cela a été vraiment aussi dur que ce que tu as raconté dès ton arrivée au Groenland ?
Yvan Bourgnon
 : Lors des trois premières semaines de mer depuis Nome, en Alaska, franchement ça été. Mais à partir de Weld Bay tout s’est enchaîné et violemment. C’était à la limite du sérieux. Je suis parti, j’étais un peu grassouillet. J’ai perdu 10 % de mon poids. À l’arrivée, je suis nettement mieux ! (rires) Mais j’ai pris trop de coups. Ma philosophie ce n’est pas ça. Je suis un épicurien, pas un masochiste. J’ai besoin de prendre du plaisir et là ce n’était pas évident. La navigation était trop «hard» ! Je m’attendais à des journées sous le soleil avec 10 à 15 nœuds de vent et en fait je n’ai eu que de la pétole ou du baston. Je ne crois pas avoir eu une seule fois le range 10 à 25 nœuds de vent. Le seul plaisir, c’est le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’exceptionnel.

Voilesetvoiliers.com : Ton pire moment ?
Y.B. :
Quand j’ai dû hisser mon bateau sur la glace ! Il y avait des cailloux à la côte, la glace se refermait derrière, et je voyais que j’étais en train de me retrouver piégé. Un moment, je me suis dit : soit je me fais broyer, soit je termine sur les cailloux. De plus, le vent rentrait de plus en plus fort. Ma seule issue était de monter sur la glace. Vers 18 heures, j’ai commencé à mettre les deux ancres derrière les glaçons de l’autre côté en ramenant le bout sur les winches pour tenter de hisser le cata qui pèse quand même une tonne avec tout le chargement. Après des heures d’efforts, je suis parvenu à hisser mon bateau sur cet imposant growler qui commençait à dériver vers le large.

Voilesetvoiliers.com : Et ensuite ?
Y.B. :
Je me suis dit que je pouvais déclencher les secours pour qu’on vienne me chercher, mais pour le bateau c’était mort ! Alors j’ai tenté de le remettre dans l’eau. Ça a été une telle course contre la montre que je n’ai pas eu le temps de me changer, d’enfiler une combinaison. J’étais pieds nus sur la glace. Heureusement, j’avais pied et sous le coup de l’adrénaline, je ne me rendais même pas compte que l’eau était à zéro degrés quand j’accrochais mes ancres qui dérapaient. Ensuite, j’ai dû plonger pour trouver une pierre permettant que l’ancre croche… À minuit, j’ai enfin réussi à dégager ma Louloutte de la glace. Il était temps, car le pack partait au large à un ou deux nœuds et il y avait de plus en plus de fond. J’ai alors rejoint la baie pour mouiller.

carteLe parcours d’Yvan Bourgnon. Photo @ Défi Bimédia

Voilesetvoiliers.com : Quel type d’ancre avais-tu ?
Y.B.
 : J’avais une Fob (plate) et une CQR (charrue), respectivement de 4 et 7 kg. J’ai fait la bêtise de prendre un mouillage trop léger, pas assez de chaîne ni de câblot… Je devais changer de mouillage très régulièrement, car ça n’arrêtait pas de déraper et il n’y avait aucune plage de sable, que des galets. Je ne compte pas les fois où j’ai cru que j’allais perdre mon mouillage ou me fracasser. De plus, les fonds ne sont pas sablonneux mais couverts de roches et d’algues. Et sans moteur, tu n’as pas le droit à l’erreur.

Voilesetvoiliers.com : La météo a été vraiment défavorable…
Y.B. :
Clairement. En 2015 et 2016, tous les bateaux qui ont tenté le passage ont réussi. Je savais qu’il y a une année sur quatre où cela ne passait pas. Et c’était le cas cette année. J’ai pas mal discuté avec des marins à bord de voiliers connaissant le coin. Ils étaient surpris par autant de glace. Il m’est arrivé d’attendre sept heures coincé entre deux murs de glaçons, avec deux mètres d’eau de chaque côté du bateau. J’étais incapable de savoir si ça allait se débloquer ou pas. Christian Dumard (de Marine Weather and Strategy, ndlr) me disait que le vent allait revenir, je voyais le courant s’inverser et la «porte» s’ouvrir. Tu dois hisser et foutre le camp aussitôt avant que le pack ne se referme. C’est un gros stress !

Voilesetvoiliers.com : Quel fut justement le rôle de Christian Dumard ?
Y.B. :
Il m’indiquait les phénomènes météo dangereux comme les tempêtes et l’état de la glace évidemment. Sans lui, je n’y serai jamais arrivé. On se connaissait depuis longtemps, mais on n’avait jamais bossé ensemble. Il est précis, rapide, percute vite et reste toujours très calme et pondéré, ne rajoute pas de stress. Vraiment, il a été impressionnant. Je lui dois beaucoup.

Voilesetvoiliers.com : As-tu croisé d’autres bateaux ?
Y.B. :
Oui, et ça m’a fait du bien moralement. Tu sais que si t’as vraiment un pépin, ils sont là. J’ai fait une bonne partie de la route avec deux bateaux. Ma hantise, c’était qu’ils réussissent et pas moi, mais en fait nous sommes passés tous les trois en même temps. Les nuits commençaient à revenir et je savais qu’en septembre c’était déjà très tard. J’ai fini, il y avait dix heures de nuit...

Voilesetvoiliers.com : As-tu eu du très mauvais temps ?
Y.B. : Ah oui alors ! Lors de la descente le long de la côte canadienne, je slalomais entre icebergs et growlers dans des creux de quatre mètres et toujours avec du vent entre 25 et 40 nœuds. La mer était croisée, et la nuit sans lune, c’était de la roulette russe ! Même à sec de toile, je partais en surf à dix nœuds, et je voyais un glaçon passer à droite ou à gauche. Ça c’était complètement barge ! J’ai eu aussi un gros coup de baston, le premier à la sortie de la mer de Baffin dans la Clyde River. J’ai eu 60 nœuds au mouillage entre deux falaises. Nous étions trois bateaux, dont celui de Roald Amundsen (l’explorateur Norvégien a été le premier à franchir le passage du Nord-Ouest en 1905, ndlr).

epave amundsenIncroyable rencontre avec l’épave du bateau d’Amundsen, renflouée cet été. Photo @ Yvan Bourgnon

Voilesetvoiliers.com : Une réplique de son bateau ?
Y.B. :
Non, son bateau ! L’épave qui avait coulé là venait d’être renflouée à Cambridge Bay et était sur une barge avec son remorqueur. J’étais au mouillage avec le bateau d’Amundsen à côté. C’est un milliardaire norvégien qui a financé l’opération. Christian m’avait dit d’aller dans ce mouillage et il a eu le nez fin car c’était une baie complètement fermée. Pour la petite histoire, alors que j’allais à ce mouillage, j’ai croisé un voilier australien et on a parlé par VHF. Je leur ai demandé s’ils étaient au courant de la tempête. Ils n’avaient pas pris de météo. Je leur ai conseillé d’y aller, et c’est là que nous nous sommes retrouvés les trois bateaux, dont celui d’Amundsen.

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous continué ensemble ?
Y.B. :
Nous sommes tous repartis ensemble après la «cartouche» puis je les ai perdus de vue. Et quand nous sommes arrivés à Nuuk  eux étaient passés par la baie de Disko  on s’est reparlé à la radio. Ils étaient très surpris de m’entendre. Ils me croyaient mort ! J’avais pris leur numéro de téléphone Iridium au cas où, mais je ne les ai pas appelés. Ils ont eu jusqu’à 70 nœuds de vent pendant quatre heures dans le goulet.

Voilesetvoiliers.com : Et toi ?
Y.B. :
Moi j’avais dit à Christian que je m’étais pris 50 nœuds… mais en fait c’était plus ! C’était démoniaque ! J’avais balancé derrière tout ce que j’avais  aussières, bouts, chaînes, sacs –, bref tout ce qui pouvait freiner le bateau, et il partait en surf en vibrant de partout et en décollant. Le vent prenait sous le trampoline. J’étais en combinaison de survie avec mon couteau prêt à couper un hauban dans 70 nœuds. Là, je me suis demandé ce que je foutais là ! Heureusement que le vent était parallèle à la côte, car sinon je me fracassais sur les falaises. La plaisanterie a bien duré huit heures… et deux jours après je me suis repris 40 nœuds. Dans la mer de Baffin, j’ai vraiment morflé. La température était négative, et j’ai fini par perdre mon sac de couchage une semaine avant l’arrivée.

LouloutteAvec l’avitaillement et son skipper, le catamaran pèse près d’une tonne. Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : Il n’était pas stocké dans une coque ?
Y.B.
 : Non. Comme je n’avais plus de place à l’intérieur et qu’il était encombrant, il était dans un sac étanche accroché à l’extérieur. Le bout avec le mousqueton a cassé sans doute à cause du ragage, et j’ai vu mon sac partir à l’eau de nuit par 35 nœuds de vent, et il était juste impossible de faire demi-tour pour tenter de le récupérer. C’était de toute façon tellement «chaud» que je barrais la nuit et dormais par toutes petites tranches dans la journée.

Voilesetvoiliers.com : As-tu souffert physiquement ?
Y.B. :
Non, pas tant que ça. Je m’y attendais, j’étais préparé et bien équipé. Ce qui m’a surpris, c’est le stress et le nombre d’événements dangereux que j’ai vécus. Je ne pensais pas vivre autant de moments aussi difficiles. J’ai vraiment eu peur. Je n’ai jamais pu me relâcher. En course, tu ne te relâches pas, mais ça reste de la concentration, pas de la peur. Au mouillage, je mettais le réveil sur trente minutes et en mer sur dix. Soit tu as la côte, soit tu as des glaçons. Au bout de dix semaines, c’est usant. Durant la première partie, il y a beaucoup de bancs de sable, et ensuite, ce ne sont que des falaises. Tu te dis que si tu te réveilles cinq minutes trop tard, tu tapes dans la falaise et t’es mort. La moindre erreur et c’est la sanction immédiate.

Voilesetvoiliers.com : On imagine qu’au mouillage les journées étaient longues…
Y.B. :
Horriblement longues ! Quand toute la journée il tombe de la pluie verglaçante ou il neige, et que tu es sous ta tente où tu n’as même pas la place pour passer une épaule, c’est long ! Régulièrement afin de ne pas m’ankyloser, je sortais sur le trampoline pour faire des mouvements. Moi qui ne gamberge pas d’habitude, je me suis surpris à me poser des tas de questions du genre «vais-je abandonner, est-ce raisonnable ?» L’hiver m’a poursuivi et j’étais «borderline» de partout.

a bord Yvan BourgnonÀ bord de la Louloutte. Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : Le fait d’avoir fait un tour du monde il y a deux ans sur ce même bateau t’a aidé ?
Y.B. :
Oui, carrément ! Lors du tour du monde, j’ai fait une grosse erreur dans la première tempête. Je me suis mis en fuite et j’ai chaviré. Là, si j’avais chaviré, je ne serai pas là pour en parler. Du coup, j’ai essayé d’être raisonnable dans ma navigation, mais si je n’avais pas accumulé cette expérience lors du tour du monde, si je n’avais pas eu cette préparation et le fait de l’améliorer à chaque escale, je n’aurais pas pu réussir ce défi. Le bateau était parfait. La seule fois où j’ai bricolé sur un safran, je me suis gelé deux doigts.

Voilesetvoiliers.com : As-tu pu les soigner ?
Y.B. :
Cela a mis quinze jours. Chaque fois que je faisais chauffer de l’eau pour me faire à manger, je plongeais mes doigts dans la casserole, et dès que j’enlevais mes gants je me massais tout le temps. C’est surtout la dernière phalange qui était gelée. Mais j’ai fini par retrouver de la sensibilité.

Voilesetvoiliers.com : Tu avais beaucoup travaillé sur les pilotes automatiques. As-tu été satisfait ?
Y.B. :
Globalement, oui. J’ai fait une petite erreur dans le sens où j’avais un premier pilote avec un compas satellitaire et le second en compas classique. Je n’ai pu utiliser que le classique entre Cambridge Bay et la sortie du détroit de Lancaster, car le satellitaire était tombé en panne. J’ai finalement réussi à le réparer, mais j’ai fait trois ou quatre jours de mer sans pilote, et donc avec beaucoup de barre. C’était un problème d’étanchéité sur un capteur d’angle de barre. Le plus gros problème était mes soucis d’énergie.

Arrivée Yvan BourgnonL’approche finale pour Yvan Bourgnon au Groënland.Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : Mais encore ?
Y.B. :
J’ai surtout manqué de soleil. Sur 70 jours de navigation, j’ai eu 60 jours de pluie et de brouillard. On m’avait dit que j’allais avoir beaucoup de soleil, et avec mes trois panneaux solaires de 80 Watts  ce qui n’est pas rien  je ne m’inquiétais pas. Il y a des mecs qui sur la Mini Transat (course qui est partie hier de La Rochelle et qu’Yvan a gagnée en 1995, ndlr)  partent avec un seul panneau. Même avec les trois, je n’ai fait que barrer les dix premiers jours, et quand le pilote fonctionnait bien, je barrais huit à dix heures par jour. Je manquais d’énergie. À part les trois derniers jours où j’étais en positif, j’étais à 11,8 volts, 11,9, 12,1. Une fois, j’ai vu à la fin 12,8 volts. Si c’était à refaire avec une telle météo, il me faudrait une pile à combustible.

Voilesetvoiliers.com : Le but de ton voyage était aussi de découvrir des paysages inconnus. Tu as été servi…
Y.B. :
Oui, j’en ai pris plein la vue, bien qu’un peu frustré par le manque de visibilité. Ça m’a impressionné. J’ai adoré le détroit de Simpson. C’est d’une splendeur sans égal. Il y a des centaines d’îles toutes jaunes, un peu comme en Australie. Les glaçons, c’est effrayant mais c’est super beau et toutes les falaises enneigées après la baie de Lancaster sont hallucinantes. J’ai croisé beaucoup de phoques, quelques morses, deux bélougas, pas mal de baleines, des orques, des globicéphales, des milliers d’oiseaux… et un ours blanc qui a voulu grimper à bord à la fin.

Voilesetvoiliers.com : Tu avais dit vouloir pêcher…
Y.B. :
Oui, mais en fait, je n’ai pas pêché. En revanche, j’ai mangé beaucoup moins que prévu. Je n’avais pas forcément faim à cause, je pense, du stress permanent. J’étais parti avec onze kilos de trop et j’en ai perdu dix. Ça a été une bonne cure d’amaigrissement… J’ai donc mangé moins que prévu, mais plus longtemps et, lorsque je suis arrivé, je n’avais plus rien. Je me suis vraiment restreint les derniers jours.

Arrivée Yvan BourgnonYvan Bourgnon lors de son arrivée à Nuuk au Groenland, le 22 septembre. Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : As-tu rencontré des locaux ?
Y.B. :
A part deux ou trois villages, je n’ai vu quasiment personne. Ce qui m’a le plus choqué, ce sont les témoignages. Deux ou trois fois au mouillage, des pêcheurs sont venus me saluer. Ce sont des gens adorables. Dans un village une fois où j’ai relâché, ils n’avaient pas vu un bateau depuis six ans.

Voilesetvoiliers.com : As-tu pris le temps d’échanger avec eux ?
Y.B. :
Oui. Je leur posais toujours la même question : «Comment c’était ici avant il y a dix ans, vingt ans trente ans ?» Les cinq personnes m’ont toutes dit que quand elles étaient petites, eux et leurs parents ou grands-parents ne connaissaient pas l’eau. Ils ne savaient pas ce que c’était que l’eau, à part celle qu’il buvait. Ils avaient de la banquise douze mois sur douze, et maintenant ils disent que la moitié du temps, c’est glace et l’autre moitié mer. Je ne me suis pas plongé dans les études sur le réchauffement climatique, mais ce type de témoignage, ça parle. Aujourd’hui, Cambridge Bay est déglacée quatre à cinq mois par an.

Voilesetvoiliers.com : Et la pollution de la mer ?
Y.B. :
Je n’ai pas rencontré le moindre détritus en surface, ce qui m’a surpris, car j’avais potassé une étude allemande qui parlait d’une pollution par les sacs plastiques préoccupante. Ils ont peut-être mis des sondes dans le détroit de Béring. Ça a été une bonne nouvelle.

Yvan Bourgnon arrivéeFigure libre à Nome (Alaska) quelques jours avant le départ. Le temps encore d"une certaine insouciance...Photo @ Pierre Guyot

Voilesetvoiliers.com : Que vas-tu faire maintenant ?
Y.B. :
Je vais avoir du mal à faire plus dur en termes de danger, ! J’ai envie de m’occuper de ma famille, de ma femme, de mon bébé (il a quelques mois, ndlr), car je suis sur ce projet depuis neuf mois. Ensuite, je vais m’occuper du projet Sea Cleaners, qui a bien avancé depuis quatre mois. On ne peut pas trop en parler pour le moment, mais ça va être un bateau étonnant avec une propulsion éolienne. Et puis, j’ai envie de reprendre la compétition.

Voilesetvoiliers.com : En multicoque Ultim ?
Y.B. :
J’aimerais ! Mais ce sont des projets tellement chers, avec des sponsors présents depuis très longtemps. Ce qui est sûr, c’est qu’après y avoir consacré huit ans, j’ai fini ma boucle sur les petits bateaux. Je trouve les nouveaux 60 pieds IMOCA tellement intéressants et performants que je me vois bien faire un Vendée Globe en 2024.

Passage NW Au milieu des icebergs. Photo @ Pierre Guyot