Actualité à la Hune

Test exclusif – Voiles et Voiliers n°496

Nous avons déclenché une balise SARSAT-COSPAS

  • Publié le : 23/05/2012 - 00:01

Déclencher une balise d’homme à la mer pour essai est évidemment rigoureusement interdit. Exceptionnellement, nous avons pu le faire afin de comprendre son fonctionnement, comment interviennent les secours et les temps de réaction.

 

SARSAT à l"eauNous avons effectué les tests en installant la balise sur un gilet gonflé puis en la laissant dériver au ras de l'eau.Photo @ François-Xavier Ricardou 12 minutes. Après avoir déclenché notre balise PLB COSPAS SARSAT, nous avons reçu un appel VHF du CROSS La Garde nous signalant le déclenchement d'une balise en baie de La Ciotat ; donner l'alerte a donc pris 12 minutes.

Comment ça marche ?
Dans le cadre de notre sujet sur les systèmes de récupération d'homme à la mer, nous avons eu l'autorisation de percuter une balise PLB (Personnal Locator Beacon, ndr) COSPAS SARSAT  – une autorisation exceptionnelle, puisque un tel essai est rigoureusement interdit.

Cette balise envoie un message de détresse par satellite et fonctionne exactement comme les balises EPIRB, excepté que cette dernière est reliée à un navire grâce à son numéro MMSI codé, alors que la balise PLB est reliée à une personne et possède un codage sérialisé… Raison pour laquelle il est absolument indispensable de bien déclarer sa balise sur le site Internet du registre Français des balises de Détresse, ici ! Sur ce registre, sont notifiés les coordonnées de l'utilisateur, ainsi que les numéros de téléphone à prévenir en cas d'urgence (des informations beaucoup plus larges, comme sa zone ou sa période de navigation, peuvent être également précisées), qui permettront par ailleurs d’établir très rapidement s'il s'agit d'une fausse alerte ou non et de confirmer le déclenchement des secours.

SARSAT en mainPas plus grosse qu'un téléphone, la balise ACR est étanche et flottante.Photo @ François-Xavier Ricardou

Pour notre balise, nous avions inscrit le texte suivant : «Essai en mer avec la SNSM de La Ciotat, les 10 et 11 avril 2012.» En lisant ce message, le CROSS a directement contacté la SNSM sur le canal 16. Mais en réalité, le déclenchement d'une balise COSPAS SARSAT entraine toute une procédure.

SARSAT sur le giletUne balise PLB s'installe sur le poumon du gilet de sauvetage. L'antenne se déploie au déclenchement de la balise.Photo @ François-Xavier Ricardou Le système se base sur deux sortes de satellites. Des satellites géostationnaires détectent l'émission des balises entre les latitudes 70° Nord et 70° Sud. D'autres satellites, en orbite basse, tournent autour de la terre en passant par les pôles – avec un rayon de visibilité d'environ 2500 km – et peuvent, par effet Dopler, trianguler la position de la balise… Mais il faut alors attendre le passage d'au moins deux satellites pour obtenir une information ! D'où l’avantage des balises équipées de leur propre GPS émettant leur position dès le premier passage du satellite – à condition que le GPS soit correctement calé.

La position de la balise, rafraîchie par le GPS, est envoyée toutes les 50 secondes. Dans notre cas, la détection de la balise par un satellite à défilement en orbite basse a été faite à 10h31, puisqu’il se trouve qu'il y en avait un en visibilité au moment de notre test. Cette détection a permis d'extraire la position GPS et de la corréler avec la position obtenue par effet doppler. À 10h32, la balise a été détectée par un satellite géostationnaire et les informations GPS ont également été transmises.

Une fois captée par le satellite, ces informations sont transmisses à des stations terrestres, les MCC ou Centres de Contrôle de Mission ; en France, celle-ci est installée à Toulouse dans les locaux du CNES qui valide la position et active la procédure.

S'il s'agit d'une balise utilisée en mer – le système COSPAS SARSAT s'occupe aussi des balises aéronautiques et terrestres –, le message de détresse est transmis au CROSS Gris-Nez qui gère la zone de navigation française. Gris-Nez transmet ensuite au CROSS local – le CROSS Med de La Garde dans le cas de notre essai à La Ciotat – qui met en œuvre les secours.

Cheminement d"un message SARSAT COSPASVoici le parcours de notre message de détresse déclenché en baie de la Ciotat : ce cheminement demande des interventions humaines, mais n'a pris que 12 minutes.Photo @ D.R. SARSAT COSPAS / Voiles et Voiliers

Vous êtes curieux de savoir quel système de balise personnelle est le plus performant ?
> Rendez-vous dans le comparatif publié dans le numéro de juin.

Cette chaîne est assez rapide dès lors que le doute sur la véracité de l’appel a été levé… Mais le temps de réaction peut varier suivant la position de la détresse et celle des satellites. S'il n'existe aucune statistique précise, les estimations sont les suivantes : au pôle Nord, la moyenne de rafraîchissement d'une position est d'environ 10 minutes, quand sous nos latitudes, elle est de 30 à 40 minutes… Et à l'équateur, la moyenne de rafraîchissement atteint 1h30 à 2h00.

Lors de notre test, nous avons donc eu la chance qu’un satellite se trouve juste au-dessus de nous et transmette la position très rapidement… Notre balise n’a donc pataugé que 12 minutes avant que sa position soit établie.

 

> RAPPEL. Avants de déclencher les secours, il faut s'assurer que l'alerte est réelle et surtout que les coordonnées géographiques sont bonnes. D'où les consignes à bien respecter si on utilise une balise :

- Bien s'identifier au préalable sur la base de registre et être le plus précis possible dans les renseignements laissés, en vérifiant les coordonnées des personnes à contacter.

- Une fois la balise activée, laisser l'antenne et le GPS bien dégagés et ne pas couper la communication avec les satellites jusqu'à la fin de la procédure de récupération.

Remerciements à la SNSMCe test exclusif de balise SARSAT-COSPAS n'aurait pas été possible sans l'aide le SNSM, dont nous remercions chaleureusement toute l'équipe de La Ciotat.Photo @ François-Xavier Ricardou