Actualité à la Hune

Solitaire 2017 : l'analyse de Dominic Vittet

Une deuxième étape explosive !

En ce samedi 10 juin, jour du départ de la 2e étape, l’été approche à grands pas. La dépression qui se présente au large de la Bretagne n’a plus le carburant atmosphérique nécessaire pour balayer les côtes françaises et s’évacue vers le Nord. Du coup, la traversée du golfe de Gascogne s’avère compliquée. Eole distribue çà et là ses risées, ses calmes mais aussi ses gifles et ses bons points. En atterrissant sur le Finistère, la flotte a littéralement explosé et s’étire sur plus de 30 milles ! Heureusement pour quelques leaders complètement dans les choux, les brises thermiques mal établies et des orages de fin de course redistribuent les cartes. La fin d’étape est hallucinante et voit Adrien Hardy s’imposer avec 54 secondes d’avance sur Erwan Tabarly et 1’43’’ sur Nicolas Lunven. Sixième, Julien Pulvé est premier bizuth. Voici ce à quoi furent confrontés les marins.
  • Publié le : 14/06/2017 - 16:52

Adrien HardyMagistrale victoire pour Adrien Hardy au terme de cette deuxième étape, auteur d'une tactique magnifique entre l'Espagne et la Bretagne.Photo @ Alexis Courcoux
Choix décisifs dès le départ de Gijon

Au départ, c’est mou. Très mou. Il faut réussir à s’extirper de la côte espagnole dans un tout petit flux de Nord oscillant entre 3 et 6 nœuds.
Le louvoyage inévitable révèle rapidement les options choisies : un petit groupe mené par Gildas Mahé, avec Xavier Macaire (Groupe Snef), Eric Peron (Finistère Mer Vent) et Alexis Loison (Custo Pol) se décale vers le Nord-Ouest avec l’intention probable de toucher en premier la bascule de Nord-Ouest annoncée pour le lendemain matin. Leur difficulté majeure : traverser la zone de calmes qui précède l’arrivée du front mais le jeu en vaut sans doute la chandelle.
Dans l’Est, quelques bateaux menés par deux triples vainqueurs de la Solitaire que sont Yann Eliès (Queguiner Leucémie Espoir) et Jérémie Beyou (Charal) tentent l’option inverse ! Ils cherchent à fuir la zone de calmes qui arrive par l’Ouest en restant dans du vent mieux établi à l’Est du plan d’eau. Le risque : être servi en dernier quand  le Nord-Ouest rentrera…
En quelques heures, déjà plus de vingt milles séparent les deux groupes. Suspense.  
Mais rien ne se passe comme prévu. Dans la nuit, un petit tourbillon de quelques milles vient ventiler le milieu du plan d’eau et donne l’avantage à ceux du centre menés par Sébastien Simon, Erwan Tabarly, Pierre Quiroga et Julien Pulvé.
Pour les extrêmes, c’est la première gifle : au matin, ils accusent déjà entre 7 et 10 milles de retard.

La flotte explose dans le golfe de Gascogne

Dans cette deuxième journée de course qui commence, la flotte continue à s’étirer et file plein Nord, bâbord amure, dans un vent de Nord-Ouest 10–15 nœuds. Objectif : aller chercher la bascule de Nord-Est qui s’annonce à l’approche des côtes bretonnes.
Les battus de la première nuit se sont alignés gentiment derrière les leaders en rongeant leur frein. Sans doute, apparaît déjà dans leurs têtes le spectre d’une grosse fessée à l’arrivée. Il faut s’accrocher et à tout prix limiter les dégâts si l'on veut garder une chance au classement général !
Annoncée au départ, une haute pression (dorsale de l’anticyclone des Açores) menace et s’avance dans l’Ouest. Son centre sans vent vient lécher la flotte et la cisaille en deux.
Le groupe des leaders mené par un Sébastien Simon (Bretagne CMB), dominateur, s’échappe.
On y retrouve le jeune Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM), l’expérimenté Erwan Tabarly (Armor Lux), un des favoris Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), le talentueux bizuth Julien Pulvé (Team Vendée), l’incroyable lorientaise Justine Mettraux (TeamWork) et le leader Nicolas Lunven (Generali) qui s’accroche malgré un début de course difficile.

Adrien Hardy (Agir Recouvrement) juste derrière agrippe le groupe du bout des ongles et ne le lâchera plus…
Pour tous les autres, c’est la deuxième fessée ! Quand on est englué dans la molle, l’addition s’alourdit très gravement : Yann Eliès est relégué à 24 milles, Jérémie Beyou à 22, Xavier Macaire à 25 … Inhabituel pour tous ces grands champions…
L’affaire tourne même au cauchemar quand le groupe d’échappés profite d’une bascule gauche pour passer Penmarch sur un bord et rentrer dans la baie d’Audierne avec le courant favorable. Pendant que les suivants devront tirer des bords contre le courant…
Voilà le grandissime Yann Eliès à 28 milles !

SchémaLundi 12 juin, alors que la flotte déjà étalée sur plus de 20 milles remonte vers la pointe de Penmarch, la haute pression (dorsale anticyclonique en orangé) se décale vers l'Est. Son centre (bleu) sans vent (petits ronds bleus) vient couper la flotte en deux. Les premiers échappent au coup de mou et profitent d'un vent plus à gauche pour passer Penmarch sur un bord (trait rose). Les poursuivants ralentissent, perdent 10 milles de plus et devront tirer des bords pour rentrer dans la baie d'Audierne (trait vert).Photo @ Dominic Vittet

Heureusement, pour les naufragés de cette traversée du golfe, la chance tourne.
Quand le groupe des premiers aborde la bouée occidentale de la chaussée de Sein lundi vers minuit après 33 heures de course, le vent mollit et le courant est contraire. Ça patauge fort autour de la célèbre marque de parcours. Erwan Tabarly ressort en tête. Mais la flotte a repris 15 milles aux échappés !

 

 

 

 

 

 

 

Adrien Hardy, qui ne cesse de gagner des places, attaque comme un fou mais avec justesse et talent : il remonte toute la baie d’Audierne en longeant la côte, traverse le courant du raz de Sein et s’abrite du jusant en longeant les cailloux de la chaussée jusqu’à la bouée. Lui qui a compté jusqu’à 13 milles de retard, le voilà dans le groupe de tête ! Absolument magnifique !

Le coup magistral d"Adrien HardyAdrien Hardy, avec un culot monstre mais surtout beaucoup de clairvoyance et de talent, réalise un coup magistral pour revenir sur le groupe de tête : de manière à échapper au jusant de la chaussée de Sein, il s’abrite au fond de la baie d’Audierne (trait rose), longe la côte jusqu'au raz de Sein, le traverse puis s'abrite du courant en rasant les cailloux de la chaussée jusqu’à la bouée occidentale. Il va reprendre près de 10 milles au groupe de tête (trait bleu) qui lutte contre le courant au large, surtout en arrivant sur l'occidentale. Splendide !Photo @ Dominic Vittet

Suspense jusqu'au bout !

La descente qui suit vers Belle-Ile est presque une formalité.
Seul le fougueux Pierre Quiroga, qui n’avait pas quitté la tête de flotte depuis le départ, décide de passer à l’attaque. Il plonge sous spi, s’écarte jusqu’à 6 milles sous la route et creuse l’écart. Mais, trop gourmand, il oublie de passer à la caisse et perd toutes ses illusions en arrivant sur Belle-Ile. Dommage.
Désormais, ils ne sont plus que huit à jouer la victoire finale en tirant des bords au ras de Belle-Ile : Erwan Tabarly qui mène, Charlie Dalin le champion de France en titre, l’étonnant Julien Pulvé, Anthony Marchand (Ovimpex Secours Populaire) décidément très en forme, Sébastien Simon toujours affûté, Nicolas Lunven qui, mine de rien, grignote des places, le revenant d’outre-tombe Adrien Hardy et le jeune Martin Lepape (Skipper Macif 2017).
Derrière, on espère un miracle pour combler les 15 milles de retard : que le vent tombe pour les premiers et qu’il y ait regroupement…

Dans cet après-midi du mardi 13 juin, après 72 heures de course, il fait chaud.
Le vent de Nord-Est est très fortement perturbé par la pompe thermique générée par la terre, sans déclencher une véritable brise thermique, régulière et bien établie.
Dans l’Est, des masses orageuses montent. Le vent est capricieux et le courant de la Teignouse s’en mêle.
Les premiers rament dur en tirant des bords le long de la côte sauvage de la presqu'île quiberonnaise. La flotte se tasse encore un peu. Thierry Chabagny et Gildas Mahé, eux aussi englués dans le peloton en début d’étape, font une remontée incroyable. Les voilà à respectivement à 3 et 5 milles des leaders ! Yann Eliès n’est plus qu’à 7 ! L’espoir revient…

Gildas MahéGidas Mahé (Action contre la faim) est le premier leader de cette étape incroyable. Il s’englue dans l’Ouest la première nuit mais ne va cesser de gagner des places pour finir 9e. Bravo !Photo @ Alexis Courcoux

Mais pour eux, il est trop tard pour disputer le sprint final de cette nouvelle étape d’anthologie.
Au bout de 3 jours et demi de course et 3 nuits en mer, la bagarre atteint son paroxysme aux avant-postes. Seuls les plus résistants, les plus motivés et les plus expérimentés, capables de rester lucides pour se jouer des conditions tordues dans la baie de Concarneau peuvent espérer la victoire.
Sans doute épuisés, Martin Lepape, Julien Pulvé et Justine Mettraux, qui ont pourtant fait une course remarquable, décrochent dans les derniers milles. Julien Simon craque à son tour en passant la pointe de Trévignon.

Finalement, après un suspense terrible dans les tout petits airs, les 5 premiers finissent en 5 minutes après 3 jours et 19 heures de course !
C’est Adrien Hardy, exceptionnel, qui l’emporte. Pugnace et rapide, il n’aura cessé de porter des attaques, d’abord pour remonter son handicap de départ puis pour venir coiffer le peloton de tête au poteau ! Chapeau !
Sans leur abandon lors de la première manche, Anthony Marchand et Erwan Tabarly, respectivement 2e et 5e,  joueraient encore largement la victoire finale.
Quant à Nicolas Lunven, il conforte son classement général en finissant 3e, trois minutes devant Charlie Dalin.

Au général, Lunven, Hardy, Dalin et Simon se tiennent en 37 minutes. Le vainqueur de cette 48e édition fait très probablement partie de ce quatuor. A moins que le cinquième, un certain Yann Eliès, qui pointe déjà à plus d’une heure, ne sorte un très grand coup dans les deux prochaines étapes…

Erwan TabarlyErwan Tabarly (Armor Lux) lors de la 2e étape de la Solitaire Urgo Le Figaro 2017 entre Gijon et Concarneau le 13 juin 2017.Photo @ Alexis Courcoux

Solitaire URGO Le Figaro 2017

Classement deuxième étape (Gijón-Concarneau)

1.    Adrien Hardy (Agir Recouvrement), temps de course : 3j 09h 33’ 46

2.    Erwan Tabarly (Armor Lux), temps de course 3j 09h 34’ 30

3.    Nicolas Lunven (Generali), temps de course : 3j 09h 35’ 21

4.    Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), temps de course : 3j 09h 36’ 43

5.    Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire), temps de course : 3j 09h 38’ 52

6.    Julien Pulvé (Team Vendée Formation), temps de course : 3j 09h 44’ 12 – premier bizuth

7.    Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance), temps de course : 3j 09h 44’ 53

8.    Martin Le Pape (Skipper Macif 2017), temps de course : 3j 09h 46’ 15

9.    Gildas Mahé (Action contre la Faim), temps de course : 3j 09h 47’ 52

10.  Benjamin Dutreux (Sateco), temps de course : 3j 09h 49’ 27

etc.

Classement général provisoire au cumul des deux étapes

1.    Nicolas Lunven (Generali) en 5j 17h 06’ 37

2.    Adrien Hardy (Agir Recouvrement) en 5j 17h 18’ 25 à 11’58 du leader

3.    Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) en 5j 17h 36’ 52 à 30’15 du leader

4.    Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) en 5j 17h 43’ 55 à 37’18 du leader

5.    Yann Éliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) en 5j 18h 12’ 05 à 1h 05’28 du leader

6.    Julien Pulvé (Team Vendée Formation) en 5j 18h 18’ 26 à 1h 11’49 du leader

7.    Gildas Mahé (Action contre la Faim) en 5j 18h 31’ 02 à 1h 24’25 du leader

8.    Justine Mettraux (TeamWork) en 5j 18h 41’ 45 à 1h 35’08 du leader

9.    Damien Cloarec (Saferail) en 5j 18h 43’ 09 à 1h 36’32 du leader

10.  Benjamin Dutreux (Sateco) en 5j 18h 46’ 07 à 1h 39’30 du leader

etc.

Départ de la troisième étape, Concarneau-Concarneau (150 milles), jeudi 15 juin à 14 heures.