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solitaire 2017 : l'analyse de Dominic Vittet

Un sprint qui coûte cher !

En coupant en tête ce vendredi à 11 heures, la ligne d’arrivée de la troisième étape de la Solitaire Urgo Le Figaro 2017, le skipper de Generali signe non seulement son deuxième succès mais en plus conforte sa première place au général. Avant l’ultime régate (Concarneau-Dieppe, départ lundi), il possède 25 minutes d’avance sur le deuxième (Adrien Hardy, de nouveau sur le podium à Concarneau) et plus d’une heure sur le troisième, Charlie Dalin. Dominic Vittet explique en détail la manière dont s’est déroulé ce sprint de 150 milles couru dans des conditions estivales.
  • Publié le : 16/06/2017 - 17:52

Nicolas LunvenUne fois de plus aux avant-postes depuis le départ, Nicolas Lunven a parfaitement maîtrisé l’étape. Il part bien, il va vite, il fait les bons choix stratégiques et il contrôle à merveille ses adversaires. Deuxième victoire d’étape ! On ne voit pas qui, à part Adrien Hardy, encore une fois sur le podium, pourrait lui contester la victoire finale.Photo @ Alexis Courcoux

Le métier de Figariste est rarement facile… Après une arrivée, dans la nuit de mardi à mercredi, d’une deuxième étape épuisante qui aura duré près de trois jours et demi, les skippers n’auront eu qu’une trentaine d’heures d’escale avant de repartir pour le sprint de la troisième étape ! Il suffisait de voir la tête des navigateurs jeudi matin pour réaliser à quel point cette épreuve est exigeante. Traits tirés, pas lents et concentration difficile, ils ont dû se faire violence pour attaquer cette boucle de 150 milles qui laisse à bâbord la cardinale Banc de Guérande et le danger isolé de la Recherche dans la Baie de Quiberon avant de remonter vers Concarneau.

Une descente vers les Glénan assez simple

Dans la matinée de jeudi, un front froid approche dans l’Ouest. Cette masse nuageuse qui sépare la masse d’air chaud sur la France et la masse d’air froid sur l’Atlantique se déplace vers l’Est à 10 nœuds. Avec un peu d’avance, elle passe sur la flotte juste avant la procédure de départ. Le ciel gris, le plafond bas et le vent de Sud-Ouest laissent rapidement place au ciel bleu du Nord-Ouest. Après un départ vent de travers, «à l’anglaise», dans la baie de La Forêt, le vent fraîchit à 15 nœuds, la mer est belle, et faire route vers la bouée Pérennès au Sud-Ouest des Glénan ne présente aucune difficulté majeure. Toutefois une régate est toujours faite de petits détails qui paraissent insignifiants mais qui, finalement, font toute la différence. Comme par exemple réussir à s’extirper de la meute compacte pour enrouler la première marque en bonne position. A Pérennès on retrouve en tête, comme par hasard, les leaders du classement général : Adrien Hardy (Agir Recouvrement), Nicolas Lunven (Generali), Gildas Mahé (Action contre la faim) ou Xavier Macaire (Groupe Snef). Seul manque à l’appel Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), 25e, décidément bien timide pour un prétendant à la victoire finale.

PHOTO SAT AVEC LE FRONTC’est un rituel incontournable : les coureurs suivent la météo de près avant chaque étape. Jeudi matin, l’observation des cartes satellite va permettre de préciser l’heure de passage du front froid (trait noir) et d’anticiper la rotation du vent de Sud-Ouest à l’Ouest puis au Nord-Ouest. Les variations du ciel accompagnent la rotation du vent !Photo @ Dominic Vittet

Quelle option pour rejoindre la bouée de Guérande ?

Pour la descente vers le banc de Guérande, le bord de spi s’annonce rapide. Le vent de Nord-Ouest fraîchit à 20 nœuds, un seuil nécessaire et suffisant pour soulager les trois tonnes des Figaro 2 et permettre aux petits monotypes de surfer chacune des vagues qui se forment le long de la côte bretonne. Que du bonheur ! Comme un trouble-fête dans ce scénario idyllique, Belle-Ile forme un obstacle intéressant en se dressant pile-poil sur la route, ce qui offre deux options : passer à droite ou à gauche ? Il faut aller chercher la réponse dans les pâturages bretons ! Vendredi, il fait chaud, très chaud même. Le thermomètre tutoie des sommes de l’Ille-et-Vilaine, à la Loire-Atlantique, au Morbihan, et même dans tous les Pays de La Loire. Devenu plus léger, l’air chaud monte et crée une basse pression dite «thermique», centrée presque sur Rennes et bien visible sur la carte de jeudi 20 heures (voir le schéma). Sous l’effet de la chaleur, les lignes de pression atmosphériques ou isobares (traits noirs) se déforment puis se compriment le long de la côte, créant une accélération surtout entre les isobares 1 021 et 1 022 (hectopascals). D’ailleurs, les fichiers de vent fournis par Météo France indiquent ce renforcement de la brise sur une bande côtière entre les Glénan et Noirmoutier, de 15 heures à 22 heures. Toute la flotte choisit donc de passer au Nord de Belle-Ile, sauf Erwan Tabarly (Armor Lux) et Pierre Leboucher (Ardian) qui trouvent probablement ce détour inutile. Ils vont payer assez cher cette originalité en passant respectivement 20e et 39e à la bouée guérandaise.

Basse pression thermique BretagneIl faut aller chercher à plusieurs dizaines de kilomètres les raisons du renforcement du vent entre Belle-Ile et Houat. L’air chaud qui s’accumule sur le centre Bretagne crée une minidépression qui modifie les vents sur sa périphérie. En jaune, la route suivie par la flotte. En marron, celle suivie par Erwan Tabarly, moins ventée. Il va accumuler plus de 2 milles de retard à la bouée de Guérande.Photo @ Dominic Vittet

La remontée vers Concarneau

Après la cavalcade sous spi jusqu’au banc de Guérande, commence un long louvoyage vers Concarneau. La flotte laisse la bouée de la Recherche à bâbord, puis ressort de la baie de Quiberon par le chenal de la Teignouse. Au petit matin, les concurrents naviguent dans un vent mollissant d’heure en heure et basculant régulièrement vers le Nord.
Rien à faire ? Si, peut-être. Dans ce final vers l’ancien port sardinier se dessine la perspective d’une fin de course compliquée. Avec la remontée de l’anticyclone, le vent de Nord mollit et le soleil fait chauffer l’arrière-pays finistérien. Il est d’ores et déjà acquis que les vents thermiques de Sud-Ouest vont très certainement s’installer dans l’après-midi. Toute la question est de savoir comment va s’opérer la transition entre les deux vents. Il est rare que la bascule d’un vent de terre à un vent de mer ne passe pas par une période calme angoissante pour les régatiers qui craignent de perdre les fruits de tous leurs efforts après vingt-quatre heures de course. Ou bien que le hasard d’une risée ou d’une pétole ne redistribue totalement les cartes.

Pour préserver leur côté droit où le vent tourne, les leaders se recalent donc régulièrement vers la côte. En même temps, ils contrôlent leurs poursuivants qui visent, près de terre, un meilleur vent quand le thermique s’établira. Ce qu’oublie de faire Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM) qui reste au large et recroise la flotte en 32e position. Grosse boulette… ou grosse fatigue ! Vers 10 heures, le thermique fait ressentir ses premiers effets : le vent fléchit à gauche. Nicolas Lunven, en tête depuis Guérande et en pointe dans l’Ouest, vire vers la Ville Close et empoche sa deuxième victoire d’étape, suivi de près par Gildas Mahé et Adrien Hardy. Mine de rien, dans ce thermique naissant de 4 ou 5 nœuds, les mètres perdus çà et là font mal. Ça tricote dur le long des roches de Trévignon et le chrono tourne. Sébastien Simon perd 27 minutes, Charlie Dalin 32 et Yann Eliès 44 ! Du coup, le classement général se dessine sérieusement.

Même si la dernière étape, avec le contournement de l’Iroise et la traversée de la Manche en longeant les côtes anglaises peut encore réserver des surprises, on ne voit pas à ce jour qui pourrait battre Nicolas Lunven et son dauphin Adrien Hardy, relégué à 25 minutes. Ces deux-là dominent de la tête et des épaules cette Solitaire 2017. Charlie Dalin, 3e à 1 heure 01 min, Sébastien Simon, 4e à 1 heure 04 min, ou Gildas Mahé, 5e à 1 heure 30, devront sortir le très grand jeu pour monter sur la troisième marche du podium. Voire mieux…

Sébastien SimonJeune et talentueux, Sébastien Simon occupe régulièrement les premières places de cette Solitaire. Il fait figure de potentiel vainqueur. Mais après les trois premières étapes de cette édition 2017, se défaire des dominateurs Nicolas Lunven et Adrien Hardy semble mission impossible…Photo @ Alexis Courcoux

Solitaire URGO Le Figaro 2017

Classement troisième étape (Concarneau-Concarneau)

1. Nicolas Lunven (Generali), temps de course : 20 h 54’ 21’’

2. Gildas Mahé (Action contre la Faim), temps de course : 21 h 00’ 36’’

3. Adrien Hardy (Agir Recouvrement), temps de course : 21 h 07’ 42’’

4. Thierry Chabagny (Gedimat), temps de course : 21 h 11’ 24’’

5. Xavier Macaire (Groupe Snef), temps de course : 21 h 18’’ 07’’

6. Anthony Marchand (Ovimpex-Secours Populaire), temps de course : 21 h 21’ 12’’

7. Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance), temps de course : 21 h 21’ 56’’

8. Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), temps de course : 21 h 26’ 05’’

9. Jérémie Beyou (Charal), temps de course : 21 h 29’ 57’’

10. Alexis Loison (Custo Pol), temps de course : 21 h 32’44’’

etc.

Classement général provisoire au cumul des trois étapes

 

1.    Nicolas Lunven (Generali) en 6 j 14 h 01’ 32’’

2.    Adrien Hardy (Agir Recouvrement) à 24’35’’ du leader

3.    Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) à 01 h 01’25’’ du leader

4.    Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) 01 h 04’19’’ du leader

5.    Gildas Mahé (Action contre la Faim) à 01 h 30’06’’ du leader

6.    Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) à 1 h 49’28 du leader

7.    Damien Cloarec (Saferail) à 02 h 18’52’’ du leader

8.   Justine Mettraux (TeamWork) à 02 h 19’07’’ du leader

9.    Xavier Macaire (Groupe Snef), à 02 h 24’37’’ du leader

10.  Julien Pulvé (Team Vendée Formation) à 02 h 24’45’’ du leader, 1er bizuth

etc.

 

Départ de la quatrième étape, Concarneau-Dieppe, lundi 19 juin à midi.