Actualité à la Hune

Transquadra Martinique

Un début de course tendu

Les concurrents de cette transat en solitaire ou en double sont tous des amateurs, mais ils ne sont pas tout à fait en vacances. Partis de Madère le samedi 10 février, les voilà en route pour la Martinique, sous spi dans la brise depuis bientôt deux jours, à essayer de tenir les cadences infernales imposées par des coureurs très, très affûtés.
  • Publié le : 12/02/2018 - 15:52

En 2003, un Sprint 108 franchissait la ligne d’arrivée de la deuxième étape de la Transquadra après 13 jours et 18 heures de course. Un record qui n’a jamais été battu depuis, alors même que la ligne de départ n’est plus sur la petite île de Porto Santo mais sur la grande île de Madère, ce qui raccourcit le parcours d’une quarantaine de milles. Mais cette année, l’armada des Sun Fast et des JPK – les deux types de bateau les plus nombreux au sein de la flotte pourrait bien profiter de conditions très favorables pour faire sauter le compteur.

 

Départ Transquadra 2e étapeDès le départ de Madère samedi dernier (10 février), les conditions de vent étaient idéales… mais un peu exigeantes ! Photo @ François Van Malleghem / Transquadra Martinique

Samedi après-midi, les 85 bateaux – dont 20 menés en solitaire et 65 en double se sont élancés au portant, avec 20 à 25 nœuds de vent, et depuis on peut dire qu’ils n’ont pas traîné en route. Parmi ces 85 bateaux de série classés en IRC, la majorité a couru une première étape entre Lorient et Madère, mais quelques-uns sont partis de Barcelone, moyennant quoi il y a en fait deux courses en une : la Transquadra-Martinique Atlantique et la Transquadra-Martinique Méditerranée. Deux jours après le départ de cette deuxième étape, les deux grands favoris en solitaire (pour la flotte atlantique) tiennent parfaitement leur rang. Alexandre Ozon est en tête sur sa fusée rose en contreplaqué (un Bepox 990, plan David Réard), suivi de près par Jean-Pierre Kelbert sur son JPK 1080 (il s’agit du constructeur en personne, le patron du chantier JPK).

 

Alexandre OzonAlexandre Ozon, le skipper du Bepox 990 Team 2 Choc (ici à l’arrivée de la première étape, qu’il avait remportée, à Madère en juillet dernier). Sous spi de tête dès les premières longueurs, il s’est envolé… «C"est clair avec Alex ça passe ou ça casse, mais si ça passe ça peut faire très mal !» dit de lui Jean-Pierre Kelbert. Photo @ François Van Malleghem / Transquadra Martinique

A priori, tant qu’on navigue au portant dans la brise, le Bepox profite à fond d’une capacité à planer un peu meilleure que celle des JPK ou des Sun Fast… Et à ce stade-là de la course – certes pas très avancé !) –, le résultat est sans appel : au classement de ce lundi 12 février à 14 heures TU précises, Alex Ozon qui avait pris une option plutôt Sud un peu éloignée de l’orthodromie mène la danse devant tout le reste de la flotte : solitaires et doubles, flotte atlantique et méditerranéenne, tout le monde est dans son sillage ! Même le Figaro 2 mené par Olivier Monin et Aymeric Belloir (un ancien vainqueur de la Mini-Transat !), qui pointe en tête de la flotte atlantique des doubles sur une route plus au nord, a du mal à tenir le rythme ! Or en termes de rating IRC, le Bepox affiche un millième de moins que le JPK de Jean-Pierre Kelbert ; autrement dit, tant qu’il est devant sur le plan d’eau, il est aussi devant en temps compensé. Chez les doubles de la flotte méditerranéenne, il faut saluer le joli début de course du Sormiou 29 marseillais Voiles2Vents, qui tient en respect le Sun Fast 3200 Flash mené par Eric Gilbert et Walden Bonpaix (les vainqueurs de la première étape). Alors qu'il a un rating bien plus bas. Encore un bateau très léger qui profite de ses très bonnes aptitudes au planing…

 

Asta la VistaDaniel Tinmazian et Gérard Guilluy, les deux skippers de l’A35 Asta La Vista, ont été contraints de revenir au port suite à une blessure lors d’un empannage. A l’heure où nous écrivons ces lignes, Daniel avait pu être soigné à Funchal, et les deux compères n’avaient pas renoncé à repartir en course. Mais il leur faut changer d’étai. Photo @ François Van Malleghem / Transquadra Martinique

Malheureusement, avec un vent établi à 20, 25 voire 30 nœuds pendant la première nuit, la casse a été au rendez-vous pour quelques malchanceux. C’est d’abord Daniel Tinmazian, co-skipper d’un A35 antibois, qui s’est blessé au visage lors d'un empannage dès les premières heures de course. Son récit : «A la barre sous spi tribord amure, Asta La Vista marchait à 9 ou 10 nœuds dans une mer un peu perturbée et un vent de 28 nœuds réels. Une claque nous a amené au "tas"… J’ai été projeté dans les filières arrière du bateau. La GV est passée violemment de l’autre côté et le palan a croisé au passage ma tête. Le temps de reprendre nos esprits, le spi s’est enroulé dans l’étai malgré le génois belge [il s’agit d’un faux génois qui sert uniquement à prévenir cet incident, ndlr]. Impossible de le défaire dans ce vent et cette mer. Vu le diagnostic me concernant, on décide de rejoindre Funchal qui est le port le plus proche. Le spi toujours en cocotier. Les urgentistes de l’hôpital de Funchal me posent quatre points de suture dans la joue et me cimentent cinq dents de devant déchaussées, provisoirement, pour la course. Pendant ce temps, au port, Gérard s’affaire à descendre le spi avec l’aide du staff de la marina de Funchal. Le spi est déchiré. Un toron de l’étai est cassé. Une pantoire du tangon a également cassé. Peut-être l’explication du départ au tas… On ne peut pas traverser l’Atlantique comme cela. Ça met un deuxième coup au moral. Il faut commander un nouvel étai en France car il n’y a pas de "sertisseur" dans l’île. Bref on devrait recevoir cela avant mercredi et décider de reprendre la course en fonction des conditions météo. Pour le moment nous sommes toujours en course. Mais ce ne sera bien sûr pas la même course, ce sera une autre course.» A suivre, donc.

 

Asta la Vista 1L’A35 Asta La Vista juste après le départ. Au loin on distingue l’étroite péninsule qui forme la pointe orientale de la grande île de Madère. Photo @ Patrick Paris / Eurêka


Sur le First 31.7 Eurêka, c’est une rupture de vit-de-mulet qui a obligé Hervé Bihan Poudec et Patrick Paris à faire demi-tour. Plus grave, le Pogo 30 Big Z, de Port-Camargue, a démâté. Son skipper Eric Thomas avait remporté la première étape dans la catégorie solitaire de la Transquadra Méditerranée. Même type d’avarie sur l’A35 Comptoir Nautique d’Alexis Megret et Laurent Mahy. Enfin, le Méditerranéen Frédéric Ponsenard, entré en collision avec un autre bateau la veille du départ (à l’entraînement), avait pu réparer dans les temps sur son A35 Coco. Parti sur une route très Nord, il a subi un peu de casse dès les premières heures : pantoire de tangon, spi en cocotier, mal de mer… mais cet ancien vainqueur de la course a tout fait rentrer dans l’ordre assez vite !

Capture 12 févrierLa situation lundi 12 février à 14 heures TU. En bas à gauche, c’est Alexandre Ozon sur son Bepox, et il est (encore) devant tout le monde. Photo @ Geovoile / Transquadra Martinique

VIDEO. Les 85 concurrents prennent le départ.