Actualité à la Hune

RED BULL YOUTH AMERICA’S CUP

Robin Follin : «Lors de mon 1er vol, j’ai pensé que j’allais me tuer !»

Dans le milieu autorisé, il fait déjà l’unanimité. On dit de lui que c’est un surdoué de la barre qui ne connaît pas la pression et apprend à vitesse grand V ! Il n’a pourtant que 22 ans, et est le skipper barreur de l’AC 45 de Team France Jeune qui va disputer la Red Bull Youth America’s Cup aux Bermudes du 12 au 16 juin. Ce jeune régatier, licencié au club nautique de Sainte-Maxime, plutôt «BCBG» et au visage poupin a été préféré au pourtant brillant Guillaume Pirouelle, champion du monde junior de 470 et vice-champion d’Europe senior cette année. Robin a fait de l’Optimist jusqu’à 14 ans, du Laser puis du 420 (4e au championnat du monde), du match-race (deux titres de champion de France en espoir) et du SB20, série dans laquelle il a notamment été sacré champion du monde dès sa première participation. Travaillant dans l’immobilier avant d’être sélectionné dans l’équipe de Team France Jeune il y a un an et demi, il a découvert successivement le Flying Phantom, le Diam 24, le GC32, et l’AC 45, et s’est naturellement imposé. Il rêve de Coupe de l’America, d’imiter le Kiwi Peter Burling, vainqueur de la Youth America’s Cup il y a quatre ans, et aujourd’hui barreur d’Emirates Team New Zealand. Retenez bien son nom ! Costaud, bosseur et modeste, Robin a tout pour aller loin !
  • Publié le : 12/06/2017 - 00:33

Robin FollinRobin Follin a été sélectionné pour skipper et barrer le bateau français lors de la Red Bull Youth America’s Cup aux Bermudes. Photo @ Eloi Stichelbaut/Team France

Voilesetvoiliers.com : On te connaît encore très peu. Comment expliques-tu ta progression, assez fulgurante, dirons-nous ?
Robin Follin : (Rire gêné) Ça s’est fait assez naturellement. Je crois que ma force, c’est plus sur la manière de fonctionner en équipage. Je ne suis pas le plus à l’aise techniquement, et du coup j’ai beaucoup travaillé sur cet aspect, l’appréhension du foil, la vitesse des multicoques… La progression, elle est venue avec les heures de navigation. Au bout d’un moment, forcément, ça rentre. Il y a une équipe géniale autour de moi et c’est ce qui explique que ça se passe plutôt bien.

Voilesetvoiliers.com : Sais-tu combien de jours de navigation tu as fait durant cette période ?
R. F. :
Non, pas précisément, mais l’an dernier, on devait être à plus de 180 et cette année on va largement dépasser les 200 jours. C’est clair que ça aide à progresser !

Voilesetvoiliers.com : Tu es le skipper de l’AC45 qui va représenter la France lors de la Red Bull Youth America’s Cup. Tu es seul à barrer ou tu as une «doublure» ?
R. F. :
Je suis le seul à barrer. Tous les autres postes sont doublés sauf pour la barre et la tactique avec Valentin Sipan. Mais de toute façon lors de la «Youth» on ne pourra pas tourner et nous serons six à bord.

Team france JeuneTimothé Lapauw, Antoine Rucard, Bruno Mourniac, Valentin Sipan, Solune Robert à bord de l'AC45 en entraînement.Photo @ Eloi Stichelbaut/Team France

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes huit au total à avoir été sélectionnés parmi 156 candidats…
R. F. :
Oui c’est ça. Il y a Valentin Sipan, Bruno Mourniac, Solune Robert, Sandro Lacan, Antoine Rucard, Jean-Baptiste Ducamin, Timothé Lapauw et moi. En ce qui concerne l’encadrement, Louis Viat (double vainqueur de la Petite Coupe de l’America avec Franck Cammas, ndlr) est le directeur sportif. Il y a aussi deux entraîneurs : Baptiste Meyer (FF Voile) et Yves Clouet (ENVSN).

Voilesetvoiliers.com : Peux-tu nous en dire plus sur le format de l’épreuve ?
R. F. :
Nous sommes douze équipes. La régate dure quatre jours avec uniquement des courses en flotte, à six bateaux et en deux groupes. Nous sommes dans la poule A avec les Japonais, les Suédois, les Suisses, les Danois et les Allemands. Les quatre meilleurs de chaque poule sont sélectionnés pour une finale, cette fois à huit bateaux. Les compteurs sont remis à zéro. En fait, cela ressemble beaucoup au format des Louis Vuitton America’s Cup World Series.

FlotteLes régates se disputent en flotte par poule de six bateaux sur Great Sound. Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

Voilesetvoiliers.com : Les bateaux sont fournis ?
R. F
. : Pas pour les équipes qui disputent la 35e édition de la Coupe de l’America. Nous avons donc récupéré l’AC45 de Groupama Team France. Il faut savoir que pour les six équipes engagées dans la 35e édition de la Coupe, il est «obligatoire» d’avoir un team jeune pour la «Youth».

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous déjà navigué aux Bermudes ?
R. F
. : Oui bien sûr. On a déjà effectué deux sessions avant de s’installer sur place depuis plusieurs jours. On a eu le droit à une semaine d’entraînement seul, puis une autre avec toutes les autres équipes. Il fallait déposer les dates avant. C’est à peu près les mêmes contingences que pour le circuit des «grands».

Voilesetvoiliers.com : Et alors ?
R. F. :
On est très content pour le moment. Dès le deuxième jour, on a fait des «foiling jybe» (empannages volants) et on a bien appréhendé le bateau. C’est difficile de dire où nous en sommes par rapport aux autres, car nous n'avons navigué qu’en GC32 contre les Espagnols. Nous étions bien plus à l’aise, mais ce n’est pas le même bateau. On sait que les Suisses et les Anglais sont très forts, tout comme les Néo-Zélandais et les Américains. On sait donc qu’il faudra être à bloc tout de suite car la compétition ne dure que quatre jours !

ProgrammeLe programme des courses de la Red Bull Youth America’s Cup. Photo @ Caroline Le Naour/Team France

Voilesetvoiliers.com : Que penses-tu du plan d’eau aux Bermudes ?
R. F. :
Déjà c’est magnifique ! Et pour foiler c’est génial même si on traverse la baie très rapidement quand on est à 35 nœuds. Je me régale mais il faut faire très attention, car il y a des cailloux partout. Valentin, qui est en charge du placement du bateau, a beaucoup discuté avec Bertrand Pacé (le coach de Groupama Team France, ndlr) afin de bien repérer les endroits dangereux.

Voilesetvoiliers.com : Comment fonctionnez-vous à bord ?
R. F. :
Je barre et gère le rake, et Valentin (champion du monde junior de 470 avec Guillaume Pirouelle, ndlr) s’occupe de la tactique. J’ai une confiance aveugle en lui. Il est très fort et arrive à dérouler tout le jeu. On n’a jamais de surprises. Quand il annonce des choses, je n’ai pas besoin de lever la tête. Et dans notre configuration, on a vraiment tout fait pour que le tacticien ait le moins de boulot possible. Solune ou Sandro sont au réglage de l’aile, et eux aussi excellent. Idem pour les régleurs de voile d’avant. On tourne bien (les Français ont dominé les dernières régates d’entraînement, ndlr).

Voilesetvoiliers.com : Avez-vous profité de l’apport de Groupama Team France ?
R. F. :
Oui bien sûr ! Le premier jour aux Bermudes, Franck (Cammas) est venu avec nous. Il y avait beaucoup d’air. Nous étions un peu tendus. C’est lui qui a commencé à barrer et nous a montré que le bateau était très «safe» et, à partir de là, au bout de vingt minutes, je suis retourné à la barre et il est resté en 7e homme à l’arrière pour nous donner des conseils et nous mettre le bateau en main. A terre, l’équipe a été vachement présente. Thierry (Fouchier) nous a beaucoup apporté pour ce qui est du réglage de l’aile. Ils ont été vraiment super, car ils avaient en même temps la mise à l’eau de l’AC Class. Ça nous a permis de vraiment bien avancer. On vit au même endroit, on a tous entre 21 et 23 ans, et forcément on profite de l’ambiance Coupe. On vit une sorte de rêve.

Franck CammasFranck Cammas (en rouge) à l’arrière de l’AC45, a supervisé la première navigation des jeunes Français aux Bermudes. Photo @ Eloi Stichelbaut/Team France

Voilesetvoiliers.com : C’est un rêve de disputer la Coupe un jour ?
R. F. : 
Oui, depuis tout petit et mes débuts en Optimist. Alors quand j’ai su qu’il existait la Youth America’s Cup il y a cinq ans, je me suis dit que je devais peut-être tenter d’y aller, même si je n’avais aucune idée de comment y parvenir. A l’époque, il n’y avait pas encore de «Team France Jeune» mis en place pour détecter et préparer la relève… du moins j’espère. C’était une idée folle, et quand il y a bientôt deux ans, cette structure s’est créée, là j’ai foncé… et même si je ne me voyais absolument pas sur ce type de bateaux qui volent (les Flying Phantom), moi qui n’avais jamais mis un pied sur multicoque. J’ai donc postulé et j’ai été pris. C’était totalement inattendu ! Après le premier stage, je me suis dit «je suis complètement largué ! Lors de mon 1er vol, j’ai pensé que j’allais me tuer ! » Et puis c’est venu petit à petit.

Voilesetvoiliers.com : Tu as décidé cette année de disputer le championnat de France de match-racing en J/80. Pourquoi ?
R. F. :
On s’est dit que ça ne pouvait pas nous faire de mal. On venait d’atterrir à Paris en rentrant des Bermudes et nous sommes partis directement à Pornichet. On n’avait pas pu s’entraîner avant. Il y avait en plus un très beau plateau. Le premier jour, cela a été le drame. Nous sommes passés en quart de finale huitièmes et derniers, mais à l’arrache ! Puis, nous avons retrouvé un peu nos sensations sur le J/80. Au début, je ne faisais que tirer sur la barre et le bateau n’accélérait pas. J’étais paumé ! A un moment, Timothé m’a même dit «rake max» alors qu’il voulait dire de border. On était largué, mais on est monté en puissance, et comme on n’avait rien à perdre, on a pris des risques, corrigé nos défauts. Tout est passé à chaque fois au ras, on a eu de la réussite. Thomas (Deplanque) qui lui a 40 ans et cinq titres de champion de France avec quatre barreurs différents nous a énormément apporté, et Valentin a été une fois de plus super bon. Ça été une vraie belle surprise que l’on gagne !

DécollageL’AC45 Team France Jeune en plein décollage ! Photo @ Mark Lloyd/Red Bull

Voilesetvoiliers.com : Es-tu le futur Cammas ?
R. F. 
: Oulala… je n’en suis pas là ! Je n’en sais rien… Moi ce que je veux c’est faire un jour la Coupe. J’essaie de ne pas trop me projeter en fait, car pour le moment on voit jusqu’à la «Youth» mais après on ne sait pas ce qu’on fera. Si l’épreuve est à nouveau dans deux ans comme on l’entend dire, on aura une bonne partie de l’équipage à avoir encore l’âge (moins de 25 ans, ndlr)… Ensuite, on verra. C’est bien trop tôt pour le dire. Pour le moment je profite, j’emmagasine un maximum d’expérience et je ne me prends pas la tête avec ça, car ça ne me rendra pas plus performant. L’objectif aujourd’hui, c’est de tenter de remporter la Red Bull Youth America’s Cup et succéder à Peter Burling (vainqueur en 2013 et désormais à la barre de Emirates Team New Zealand, ndlr) !

Voilesetvoiliers.com : Mais comment expliques-tu que tu possèdes ce leadership naturel ?
R. F. :
(Embarrassé) Je ne sais pas trop. Ce qui est sûr, c’est que l’équipage me fait confiance et que les choses sont à la fois assez simples et naturelles. Je leur fais aussi confiance. Je pense que ma force c’est de savoir me remettre en question, car même si parfois on se prend des trucs dans la gueule qui ne font pas plaisir, il faut savoir les entendre. J’aime prendre chaque bon point pour en faire une force, encourager tout le monde. Ce sont vraiment Philippe Michel et Philippe Mourniac, mes coaches, qui m’ont transmis tout ça, qui m’ont appris à m’appuyer sur de petites choses et avancer en grappillant de partout à chaque fois. Je n’ai que 22 ans et pas encore une grosse expérience. On apprend énormément des défaites, et l’an dernier en Australie au championnat du monde universitaire de match-racing, j’ai été mauvais mais j’ai essayé d’en ressortir les points positifs. Ça ne fait jamais de mal de se prendre une petite claque de temps en temps, et pour l’ego personnel c’est vachement bien !

Préparation Team France JeuneDepuis plus de dix-huit mois, l’équipage de Team France Jeune se prépare à plein-temps ou presque. Photo @ Eloi Stichelbaut/Team France

Voilesetvoiliers.com : Tu te vois aussi faire de la course au large ?
R. F. : Je ne ferme aucune porte. Si, il y a deux ans, il n’y avait pas eu Team France Jeune, j’aurais tenté de partir sur la Mini-Transat. Toutes les formes de voile me passionnent et j’ai envie de continuer à apprendre pour être polyvalent. En météo, en voilerie, en composite, par exemple, j’ai d’énormes progrès à faire, si un jour je veux faire du solitaire et du large…