Actualité à la Hune

La chronique de Nico (3)

En régate dans mon jardin !

Pas de répit pour les concurrents de cette Solitaire 2017. Arrivés dans la nuit de mardi à mercredi, ils prendront le départ de la 3e étape à Concarneau ce jeudi à 14 heures. Leader du général grâce à sa victoire au terme de la première manche puis à sa 3e lors de la deuxième, Nicolas Lunven revient dans sa chronique sur ces parages nautiques qu’il arpente depuis son enfance. Et si, à trop connaître un endroit, cela n’était pas au détriment des marins…
  • Publié le : 15/06/2017 - 12:30

Nicolas LunvenTroisième de la 2e étape, notre chroniqueur de luxe occupe toujours la tête du général avec 11'58'' d'avance sur Adrien Hardy et 30'15'' sur Charlie Dalin.Photo @ Alexis Courcoux

L’une des particularités de cette édition de la Solitaire Urgo Le Figaro est la large place laissée à la Bretagne Sud et à Concarneau. Chaque étape va nous faire passer le long du Sud breton, et la ville de Concarneau sera le théâtre d’une manche spéciale en forme de boucle avec un départ et une arrivée. Forcément, j’ai dans ma mémoire un nombre colossal de souvenirs de navigations dans ces contrées pour les avoir pratiquées depuis mon enfance, d’abord en croisière familiale puis en régate, en convoyage, etc. Je connais bien les îles, chaque pointe, le nom des bouées sans avoir besoin de regarder la cartographie, le schéma de la brise thermique, quelques effets de sites. Mais est-ce que tout cela est vraiment un avantage ?

Le risque est de s’enfermer dans ses souvenirs qui, finalement, même s’ils sont nombreux, ne reflètent pas forcément la réalité du moment. Et puis il ne faut pas oublier qu’une très bonne partie de la flotte navigue également dans son jardin le long de cette côte. Entre le Pôle Finistère course au large de Port-la-Forêt et les coureurs de Lorient, nous représentons une bonne partie du contingent 2017 de cette Solitaire ! Toute l’année nous nous entraînons en Bretagne Sud qui, pour ma part, constitue aussi un lieu de loisirs : week-ends aux Glénan, croisières dans les îles de Groix, Houat, Hoëdic ou encore Belle-Ile.
Nous avons aussi eu la Solo Concarneau et la Solo Maître CoQ en début de saison qui nous ont permis de nous exprimer sur ces plans d’eau. Quoi qu’il en soit, il faudra rester bien concentré car cette côte n’est pas si simple et peut réserver parfois quelques surprises : Belle-Ile et son dévent, le courant de la Teignouse, la pointe de Penmarch, etc.

troisième étapeLongue d’à peine 150 milles, cette troisième étape emmènera la flotte contourner les Glénan par le chenal des Moutons, avant de piquer au Sud vers le plateau de la Recherche. Le retour à Concarneau se fera via la Teignouse que les Solitaires devraient atteindre au lever du jour vendredi. Le dernier segment se déroulera donc sans contrainte, une bonne façon d’ouvrir le jeu au moment de l’établissement de la brise thermique… Une côte que Lunven et la grande majorité des Figaristes connaissent par cœur.Photo @ Solitaire URGO Le Figaro 2017

La dernière journée de la deuxième étape de la Solitaire, mardi, s’est jouée dans ces parages et, paradoxalement, comme je le mentionnais, cela ne m’a pas vraiment servi car nous avons connu des conditions très aléatoires que je n’avais pas souvent rencontrées après Belle-Ile mais également en baie de Quiberon puis face à Etel, Lorient et en approche de Concarneau. J’en ai pourtant disputé des Spi Ouest-France !
Dans la réalité d’hier, le tableau a été totalement opposé à mes prévisions, mon anticipation stratégique. Le vent synoptique n’est pas arrivé comme prévu, les risées étaient évanescentes. Il fallait donc naviguer au ressenti. J’ai donc été plutôt le long de la côte et c’est vrai qu’en baie de Quiberon, j’ai réussi à recoller un peu en parvenant à avoir le leader, Erwan Tabarly, à quelques mètres de mon bateau. J’ai alors pensé que j’étais en bonne position, voire en capacité de gagner cette étape. Quand j’expliquais que, pour finir, rien n’était comme à mon habitude dans ces endroits, j’ajoute que nous étions aussi fatigués.

PétoleGenerali dans la grosse pétole de la 2e étape.Photo @ Alexis Courcoux

Même si les conditions ont été clémentes sur cette manche, nous sommes restés longtemps en mer et il fallait «être dessus» notamment lors de la traversée du golfe de Gascogne dans le petit temps, voire dans un vent nul. Pour finir, sous un petit orage, Adrien Hardy est revenu du diable Vauvert comme il l’avait fait à l’occidentale de Sein et il a pris la tête dans la dernière ligne droite. Je suis satisfait, sur cette deuxième étape, d’avoir gardé ma place de leader au classement général provisoire. Je reviens aussi de loin. J’avais sept milles de retard sur Sébastien Simon avant Sein. J’ai réussi à profiter de quelques passages à niveau et je ne pouvais pas toujours être dans les bons coups. Certains étaient très loin et, à un moment donné, ils sont revenus. Du coup, les écarts ne sont pas aussi importants qu’on aurait pu le penser.
Bref, tout ça pour dire que c’est bien de connaître le terrain mais il faut savoir être à chaque fois pragmatique. Avec ce jeudi le départ d’un sprint de 150 milles au départ et à l’arrivée de Concarneau (14 heures), nous allons évoluer de nouveau dans notre jardin mais la situation sera, à nouveau, bien distincte.