Actualité à la Hune

Coupe de l'America

Le retour de "Kiwi Magic" ?

Dans un vent un peu plus soutenu qu’hier mais n’excédant pas onze nœuds, Emirates Team New Zealand s’est baladé lors des troisième et quatrième régates. Plus rapides, plus fluides dans leurs manœuvres, les Kiwis ont été insolents de facilité. Oracle Team USA fébrile et frustré doit vite réagir, car les points défilent. Forts de ces quatre victoires consécutives, les Néo-Zélandais ne sont plus qu’à quatre points d’un triomphe annoncé.
  • Publié le : 18/06/2017 - 22:10

Emirates TNZSereins les Néo-Zélandais lors de ce début d'America's Cup.Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto

Le Larousse définit le mot impuissance comme «l’incapacité à faire quelque chose». C’est exactement le sentiment que l’on a eu ce dimanche en voyant James Spithill et ses «boys» dominés dans tous les compartiments du jeu, et à nouveau sèchement battus par des Néo-Zélandais véritablement impressionnants. Les historiens de la Coupe et du sport en général peuvent toujours rappeler qu’en 2013, les Américains menés 8 à 1 étaient parvenus à renverser la tendance pour s’imposer au final par 9 à 8, difficile de croire que le fabuleux scénario d’il y a quatre ans va se reproduire. Et de là à dire qu’en ce jour de fête des pères et d’élections législatives, les deux manches ont été soporifiques à suivre tant la domination d’Emirates Team New Zealand a été insolente, il n’y a qu’un pas !
Au départ de la première régate du jour, Oracle Team USA met une belle pression sur les Kiwis lors du premier empannage. On voit assez vite que les Américains ont tenté un coup de poker en installant des foils asymétriques sur leur cata, l’un plus petit et de fait instable, l’autre plus grand. Un : c’est surprenant ; deux : guère convaincant. Le départ a beau être agressif entre Burling et Spithill, il reste équilibré. Dès le premier bord de portant, on comprend que la course va être rapidement pliée. Les Kiwis vont toujours un peu plus vite, relancent mieux, ce qui a le don d’agacer le tacticien du bateau américain, le champion olympique en Laser, Tom Slingsby. L’Australien voit bien qu’il ne peut rien faire, tente des coups, joue avec les risées dans ce vent de Sud-Est d’à peine dix nœuds. Il s’emporte et n’aide pas du coup son équipage déjà à la peine. Tout tacticien du dimanche sur un bateau plus lent a connu ça et a pu ressasser l’adage disant «que la vitesse rend intelligent». Peter Burling le confirme et semble tellement détendu et nonchalant à la barre – mais à 30 nœuds ! – que l’on pourrait croire qu’il est en croisière au large de la Corse. Les Néo-Zélandais creusent l’écart – dix secondes à chaque marque –, et leurs foils dessinés par Guillaume Verdier, à la fois longs et fins, font merveille dans ces conditions. C’est une leçon de régate ! Au bout du compte, les Kiwis ont réalisé un virement et trois empannages de moins que les «Yankees», c’est dire ! Ils engrangent ainsi une 3e victoire consécutive et mènent donc par deux à zéro.

Emirates TNZEux devant et les Américains derrière...Photo @ ACEA 2017/Ricardo Pinto
On espère alors que, dans la quatrième régate, le thermique va grimper un peu et redonner un peu de suspense. On sait que les Américains ont optimisé leur bateau pour un vent entre 10 et 14 nœuds quand les Néo-Zéd ont préféré tabler sur 8 à 10 nœuds. Si l’on enfonce le clou, les Américains ont navigué trois ans sur le plan d’eau de Great Sound quand les Néo-Zélandais n’y ont passé que trois semaines avant que ne débute la compétition.

La deuxième manche du jour est lancée pile à l’heure. Bien qu’agressif dans la phase de prédépart, Spithill non seulement ne parvient pas à pousser son adversaire à la faute… comme tenter de lui infliger une pénalité, mais perd le contrôle sur un Burling dans la minute, ahurissant de sérénité ! Ce type aurait-il «deux de tension» ? Mais bon Dieu quel talent… Quand sur le bateau américain ça cause sans cesse et ça s’engueule, chez les Néo-Zélandais, on ne parle quasiment pas. Le skipper australien Glenn Ashby au réglage de l’aile a cette capacité à protéger son pilote sans l’abreuver d’informations ni l’exciter. Et sur ces engins qui volent à trois fois la vitesse du vent, et dont la surface touchant l’eau est que d’un mètre carré, le premier empannage après la bouée de dégagement est primordial. Les Kiwis passent le «gybe» comme dans les livres et une fois de plus s’échappent. On sent les Américains totalement impuissants, frustrés, ce qui entraîne une certaine fébrilité jamais entrevue lors des qualifications. L’écart sur la ligne d’arrivée est sans appel. Le defender vient de prendre plus d’une minute dans la vue, et surtout perd pour la quatrième fois en deux journées.
Les cinquièmes et sixièmes régates auront lieu samedi 24 juin prochain, soit dans six jours. Les architectes et ingénieurs du tenant du titre vont devoir se cracher dans les mains… afin de résoudre le problème de différentiel de vitesse. Et Spithill et sa bande allumer des cierges en espérant que la brise revienne sur Les Bermudes.

Oracle Team USASoupe à la grimace à bord d'Oracle Team USA qui ne s'attendait pas à affronter un adversaire aussi coriace.Photo @ ACEA 2017/Sander van der Borsch

35e Coupe de l’America

(America’s Cup Match presented by Louis Vuitton)

Dimanche 18 juin
Course 3 – Emirates Team New Zealand bat 
Oracle Team USA
Course 4 - Emirates Team New Zealand bat Oracle Team USA

Classement
Emirates Team New Zealand (NZL) : 3 points
Oracle Team USA (USA) : 0 point 

Emirates Team New Zealand démarra cette série à - 1, sachant que Oracle Team USA avait gagné les Louis Vuitton America's Cup qualifiers.

L’équipe victorieuse de la 35e Coupe de l’America sera la première à inscrire sept points.

Prochaines courses : 24 et 25 juin (deux manches par jour) ainsi que les 26 et 27 juin si besoin.