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Projet Hydroptère avec Alain Thébault

Luc Alphand : «Marin, c’est un vrai métier !»

Cinq fois vainqueur de la Coupe du Monde de ski (descente et Super G) dans les années 90, vainqueur du Paris-Dakar en 2006, Luc Alphand est un champion capable de passer d’un sport à l’autre. Depuis un an et demi, il s’intéresse à la course au large. Recruté par DCNS pour seconder Marc Thiercelin sur le 60 pieds IMOCA lors de la dernière Jacques Vabre, Luc continue son apprentissage de navigateur avec le nouveau partenariat de DCNS avec l’Hydroptère d’Alain Thébault. Interview…
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  • Publié le : 18/02/2012 - 00:03

Luc Alphand et Alain ThébaultLuc Alphand rejoint Alain Thébault dans le projet Hydroptère désormais parrainé par DCNS.Photo @ Véro Fel (DCNS)

voilesetvoiliers.com : DCNS vient d’annoncer qu’il continuait son programme avec toi, mais désormais en s’associant avec l’Hydroptère d’Alain Thébault (à la place du monocoque 60 pieds avec Marc Thiercelin).
Luc Alphand : Oui, c’est génial ! C’est le début d’un nouveau projet que je trouve fantastique. De mon côté, il faut que je continue d’apprendre mon métier de marin, même si le projet de l’Hydroptère n’est pas de la voile classique. Mais ça recoupe pas mal de mes passions de l’automobile, du ski, de la vitesse, etc. C’est pourquoi je n’ai pas mis longtemps à me décider. Et puis comme on avait commencé avec DCNS et les Filières du Talent, ça me permettait de rester avec eux de l’intérieur, de continuer mon apprentissage. Ça prend quand même vraiment du temps. Marin, c’est un vrai métier ! Je me suis rendu compte que c’était vraiment dur.

v&v.com : Quel va être ton implication sur ce nouveau projet ?
L.A. : Pour moi, l’objectif est de continuer à apprendre, à commencer par apprendre ce bateau. Car le programme va assez vite. Il est prévu d’essayer de battre avant septembre ou octobre le record du Pacifique. Il y a déjà des navigations prévues tout le mois de mai avant de mettre le trimaran sur le cargo. Donc, il va déjà falloir appréhender l’engin. Pour l’instant, je ne l’ai vu qu’au chantier, mais je ne suis pas encore monté dessus. C’est un bateau assez compliqué visiblement. Donc il faudra beaucoup s’entraîner au début, continuer d’apprendre, et dans un premier temps avoir simplement un rôle de barreur. Enfin, je dis « simplement », mais ce n’est pas simple à barrer je pense…

Nouvelles couleurs pour l"HydroptèreLongtemps vierge de tout sponsor, malgré le soutien financier de grandes entreprises comme EADS ou Dassault, l'Hydroptère va désormais arborer une nouvelle décoration aux couleurs de DCNS.Photo @ D.R. Dragon Rouge / DCNSv&v.com : Tu veux vraiment devenir marin comme tu as été pilote de rallye, avec le même engagement, les mêmes objectifs ?
L.A. : Non, c’est compliqué. Il y a quand même une phase de reconstruction où après on accident, je ne pouvais de toute façon plus courir en voiture. J’ai l’envie de faire du sport, de découvrir et d’apprendre. Après, les objectifs sportifs, c’est quand même un métier qui est spécifique, super dur. D’avoir fait l’année dernière avec Marc la Route du Rhum (en réalité la Transat Jacques Vabre, ndlr) en 60 pieds au bout d’un an de navigation, c’est déjà un gros morceau. Parce qu’en double, t’es finalement souvent seul sur le pont où il faut gérer beaucoup de choses nouvelles pour moi. Pour l’aspect sportif, on donne toujours le meilleur de soi-même, mais je ne me suis jamais dit que j’allais faire du solo. Le Vendée Globe me paraît totalement inimaginable, à moins de faire au moins cinq ou six ans de navigation intense. Parce que pour être autonome sur un 60 pieds, cela prend du temps. L’Hydroptère, c’est de l’équipage, c’est un projet atypique. On ne va pas faire de course. L’Hydroptère est un rôle de pionnier, de découverte et de tentatives de record. Si cette année on arrive déjà à battre le record du Pacifique, je trouverais ça génial. Je serai un des six à bord à essayer de faire du mieux possible.

v&v.com : Donc tu n’as pas comme objectif de faire un jour le Vendée Globe, comme on a pu le lire çà et là ?
L.A. : Non, non, non ! Il faut vraiment un engagement à la fois psychologique et physique. Faire un tour du monde un jour, oui, j’ai vraiment envie de le faire. Mais il y a plein d’autres solutions. Ça peut être un Trophée Jules Verne, ou une course en équipage. Peut-être que mon graal serait de faire la Barcelona World Race, pourquoi pas ? Mais seul, non, jamais…

v&v.com : Tu es consultant à France Télévision pour le ski et le Dakar. Quel temps vas-tu consacrer cette année à la navigation ?
L.A. : C’est vrai que je ne suis pas rentré depuis Noël. J’arrive du Dakar, après j’étais à Kitzbühel et maintenant à Chamonix pour la télé. J’ai donc replongé dans le ski et l’automobile l’hiver. Mon apprentissage de marin va donc me prendre un gros mi-temps. L’hiver je suis très pris, mais l’été sera consacré à la marine (rires). Je vais carrément refaire de la voile en dériveur. Je fais les choses à l’envers.

v&v.com : Jsutement, as-tu prévu d’autres navigations que celles sur l’Hydroptère ?
L.A. : Moi, j’ai envie de continuer à naviguer. Je ne sais pas si j’aurai l’occasion de faire d’autres courses. Mais je veux continuer à apprendre, faire des convoyages. Je vais aller faire un peu de F18, peut-être des convoyages en Class 40 ou en monocoque 60 pieds.

Thiercelin et Alphand sur DCNSMarc Thiercelin et Luc Alphand à l'entraînement sur le 60 pieds IMOCA DCNS en vue de la Transat Jacques Vabre 2011.Photo @ Vincent Rustuel DCNS

v&v.com : Quel bilan tires-tu de ton expérience sur la Transat Jacques Vabre ?
L.A. : C’est dur de faire un bilan sur une course. Malheureusement, on casse le moteur et on abandonne. Le bilan sportif n’est pas excellent, mais le bilan général est top. Marc est un bon pédagogue. Il a vraiment essayé de me transmettre avec passion toute son expérience. L’année est positive, mais sportivement décevante. Mais c’est sûr que ce n’était pas facile pour Marc de naviguer avec quelqu’un qui débute.

v&v.com : Qu’as-tu appris alors ?
L.A. : Que la mer est super grande et qu’il faut beaucoup d’humilité. Le plus déroutant pour moi était le fait que ça dure 24 heures sur 24. Maintenant que je fais un peu de double sur un 60 pieds, je me dis que ceux qui sont tout seul dans le Grand Sud sur un machin pareil, il faut savoir s’arracher !

Luc Alphand sur ActualAvec l'Hydroptère, Luc Alphand va retrouver la barre d'un trimaran après avoir goûté à celle du Multi 50 Actual d'Yves Le Blévec lors du Tour de Belle-Ile 2010.Photo @ Thierry Martinez Sea&Cov&v.com : Tu as navigué en multi 50 avec Yves Le Blévec et en monocoque Imoca avec Marc Thiercelin. Quel support t’attire le plus ?
L.A. : Le multicoque ! T’as une vraie sensation de vitesse. Les 60 pieds Imoca sont des bateaux magiques, très techniques, très fins à régler. Mais les multis me font plus rêver.

v&v.com : Quand navigueras-tu pour la première fois sur l’Hydroptère ?
L.A. : Dès qu’il est remis à l’eau après son chantier. Vers mi-avril à Toulon. Je suis impatient de décoller, comme un gamin devant son cadeau de Noël !
 

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