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VOLVO OCEAN RACE

Cécile Laguette : «Des dernières 24 heures de folie»

Dans un final de feu, Team AkzoNobel a brillamment remporté la 6e étape entre Hong Kong et Auckland, après avoir quasiment mené durant les quelque 6 000 milles de ce marathon de trois semaines. Preuve des désormais très faibles écarts entre les monotypes, les cinq premiers bateaux sont arrivés en moins de trente minutes, après 489 heures de course. Nous avons eu la Française Cécile Laguette, équipière à bord du vainqueur, peu après le moment où le bateau néerlandais, skippé par Simeon Tienpont, venait de s’amarrer dans la marina néo-zélandaise.
  • Publié le : 28/02/2018 - 15:30

Cécile LaguetteCécile Laguette au compas de relèvement… comme dans une régate en baie tant les écarts sont infimes !Photo @ Rich Edwards/VOR

À 31 ans, Cécile Laguette vient de réaliser un vieux rêve : celui de remporter une étape de la Volvo Ocean Race. Née à Blois, elle passe une partie de son enfance en Essonne, navigue en famille et attrape très vite le virus du bateau. Elle veut devenir navigatrice professionnelle, s’y emploie, effectue alors ses études d’architecture navale à Southampton avant de quitter l’Europe avec «seulement deux sacs» pour poursuivre son cursus universitaire à Auckland. Sportive accomplie, elle a la tête bien faite, le contact facile et adore régater. Son souhait ? Disputer la course autour du monde. Elle postule parmi les 500 candidates pour intégrer l’équipage de SCA en 2013, se retrouve dans la «short list» de 40 noms mais n’est pas retenue. Qu’importe : elle est embauchée et se trouve en charge des mâts au sein du «boat-yard» qui assure le suivi des VO65 aux escales. Puis, de retour en France, elle intègre le Pôle Finistère Course au Large et dispute deux saisons en Figaro, avec des résultats moyens mais encourageants. Cécile saisit toutes les opportunités pour régater, comme disputer et terminer 7e des championnats de France Élite de 470 fin 2017 à Maubuisson. Au début de l’année, le Français Gilles Chiorri, manager d’AkzoNobel, la contacte alors pour lui proposer de disputer quelques étapes de la Volvo Ocean Race. Elle retrouve alors la Brésilienne Martine Grael, championne olympique de 49er FX et fille de Torben, quintuple médaillé olympique et vainqueur de la Volvo Ocean Race dans cet équipage cosmopolite, qui ne cesse de progresser au fil des étapes malgré un départ compliqué.

AkzoNobelAkzoNobel coupant la ligne d’arrivée en tête à Auckland.Photo @ Jesus Renedo/VOR
Voilesetvoiliers.com : Vous semblez émue…
Cécile Laguette : Oui. C’est juste magique de gagner, surtout ici à Auckland. Pour moi c’est fantastique ! J’y ai vécu pendant sept ans. Je suis résidente et j’ai demandé la nationalité depuis l’année dernière. C’est mon pays de cœur. Je suis super contente. C’est énorme.

Voilesetvoiliers.com: Qu’est ce qui a fait que vous vous êtes retrouvée à Auckland ?
C.L. : Après mes études d’architecture navale à Southampton, j’ai décidé de faire un master en matériaux composites à l’université d’Auckland. Ensuite, j’ai travaillé pour Team New Zealand lors de la 34e Coupe de l’America (notamment sur les foils, ndlr).

Nouvelle-ZélandeArrivée sur la Nouvelle Zélande dans les petits airs.Photo @ Jérémie Lecaudey/VOR
Voilesetvoiliers.com : Donc arriver en tête dans ce fief de la voile est plus que symbolique ?
C.L. : Carrément ! Je suis Française mais j’adore la Nouvelle-Zélande. Je suis ici comme à la maison.

Voilesetvoiliers.com : Ce fut l’étape la plus longue (21 jours) depuis le départ d’Alicante. Ça été dur ?
C. L. : Cela a surtout été long et on a vécu des dernières 24 heures de folie. On avait encore 30 milles d’avance sur Scallywag la veille de l’arrivée et, au Nord de la Nouvelle-Zélande, on s’est retrouvé sans vent. On a vu tout le monde revenir, dont Dongfeng et Mapfre qui étaient encore à 140 milles derrière quelques heures plus tôt. Nous, on était collés et eux avaient un peu plus de vent. Ensuite on a retouché de l’air et Scallywag est revenu à 0,8 mille. Il a fallu enchaîner les empannages dans le chenal étroit de Rangitoto. C’était super chaud, mais ça rend la victoire encore plus belle.

Cécile LaguetteCécile Laguette en tenue complète avant de prendre son quart lors de cette sixième étape.Photo @ Rich Edwards/VOR

Voilesetvoiliers.com : Qu’est ce qui a fait que vous avez pris cette option osée dès le départ de Hong Kong ?
C.L. : En fait, tout le monde partait vers le Nord et on ne voulait pas être les derniers à virer. On a donc été les premiers à le faire avec Scallywag. On pensait que les autres allaient suivre, mais ça n’a pas été le cas. Se retrouver séparé de la flotte dès le premier jour de course en monotype, et du coup dernier (selon les classements tenant compte des waypoints, ndlr), c’est assez compliqué à vivre. Notre navigateur, Jules Salter, a été incroyable. Il y croyait depuis longtemps. Mais on a eu aussi, il est vrai, un peu de réussite.

Voilesetvoiliers.com : Comment était l’ambiance à bord ?
C.L. : Fluide ! Chacun a son rôle. Tout s’est bien passé. Que du bonheur !

Voilesetvoiliers.com : Avec de nombreuses nationalités, le problème de la langue n’est pas trop compliqué ?
C.L. : Pour moi ça va, je suis habitué à parler anglais tout le temps. Idem pour Martine (Grael, l’autre femme du bord). Il faut juste être attentive aux Australiens avec leur accent, parfois…

Voilesetvoiliers.com : Vous avez embarqué à Melbourne. Vous allez finir ce tour du monde ?
C.L. : Non, malheureusement, car je prépare ma troisième saison en Figaro avec mon sponsor Eclisse qui me fait à nouveau confiance. Gilles Chiorri m’a appelée fin décembre pour venir rejoindre AkzoNobel, et je n’allais pas refuser une telle opportunité. Je vais normalement aller jusqu’au Brésil avant de rentrer en France pour me préparer à la Solitaire Urgo Le Figaro. Je vais du coup manquer d’entraînement en solo ! Mais en même temps, disputer l’étape mythique entre Auckland et Itajai au Brésil avec les mers du Sud et le passage du cap Horn, c’est juste génial.

VORÀ vue et au contact 24 heures sur 24 !Photo @ Jérémie Lecaudey/VOR
Voilesetvoiliers.com : A voir les images envoyées chaque jour, on a le sentiment que cette Volvo est quand même non seulement interminable, mais d’une rare violence ?
C.L. : C’est sûr, les bateaux sont sportifs… mais moins que les VO70. C’est intense, mais il y a de super bons moments. C’est un peu comme en Figaro mais ça dure 20 jours. Chaque longueur de bateau compte et il faut être à fond pendant trois semaines. C’est ça qui est le plus dur.

Voilesetvoiliers.com : Vous naviguez beaucoup à l’AIS ?
C.L. : En fait non, pas autant qu’en Figaro. Finalement on est proches, mais à 7-8 milles, on ne se voit plus.

Voilesetvoiliers.com : Quel est le programme des jours à venir ?
C.L. : J’ai plein d’amis ici et mon copain est Néo-Zélandais. Donc je suis un peu comme chez moi. On va faire des barbecues, aller à la plage. C’est l’été austral et j’ai envie d’en profiter !

AkzoNobelBeau temps belle mer, on profite à bord d’AkzoNobel.Photo @ Rich Edwards/VOR


L’étape de Dongfeng Race Team
«Trop dans le calcul !»

 

Difficile étape pour Dongfeng, quatrième mais derrière son adversaire directe au général, Mapfre, troisième à Auckland et qui a conforté légèrement son avance en points. L’analyse de Charles Caudrelier, le skipper et de Pascal Bidégorry, le navigateur.

Charles Caudrelier : «Ça a été un gros combat du départ jusqu’à la dernière minute… On a suivi Mapfre car on n’avait pas de météo et il fallait bien suivre quelqu’un. Malheureusement ce n’était pas une bonne idée car pour la première fois depuis le début de la course, ils ont fait un très mauvais choix. On a toujours été ensemble dans les bons et les mauvais coups. Au final, on arrive une minute derrière et c’est un point de perdu ! Une fois encore, on se fait doubler dans les derniers milles… Mais on a eu de la chance sur la fin de revenir et c’est triste pour Turn The Tide On Plastic (finalement 5e et doublé par Dongfeng dans les trois derniers milles de l’étape !) qui a fait une très belle course et aurait mérité de gagner l’étape.»

Pascal Bidégorry : «Les quatre premiers jours, on a navigué avec les prévisions météo du départ. Ensuite ça a redémarré, puis on n’a plus eu un seul fichier météo pendant encore quatre jours, etc. Ce n’est pas évident… Du coup on a fait des petites boulettes, même si à la fin on a bien géré le franchissement du talweg. Le problème avec les Espagnols de Mapfre, c’est qu’on joue un peu trop aux couillons et on le paie cash ! Je crois qu’autant eux que nous avons choisi de rester groupés. Tu lofes, ils lofent. Parfois ils abattent et on abat… Mais je trouve qu’on est trop conservateurs. L’idée, c’était de finir devant eux même en étant dernier, et nous n’y sommes pas parvenus. Il va falloir réfléchir différemment. On ne navigue pas comme il y a quatre ans, où nous étions plus libres, plus joueurs. Là, on est trop dans le calcul ! »