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Mini-Transat La Boulangère

Arthur Léopold-Léger : «La performance, c’est bien, le voyage c’est mieux !»

Deuxième de la première étape de la Mini-Transat La Boulangère (1 350 milles entre La Rochelle et Las Palmas de Gran Canaria) à seulement 113 secondes du premier, l’indétrônable Ian Lipinski (Griffon.fr), Arthur Léopold-Léger (Antal XPO) a créé la surprise. Et pour cause, si le marin rochelais a du talent mais aussi une furieuse envie d’aller au bout de son projet après un abandon forcé lors de sa première participation à la course en 2013, il a aussi une vie professionnelle bien remplie qui ne lui laisse que peu de temps pour se préparer et naviguer. Interview d’un marin différent. Et focus sur la victoire de Valentin Gautier en catégorie Série devant Rémi Aubrun et Clarisse Crémer.
  • Publié le : 12/10/2017 - 07:32

Arthur Léopold LégerSkipper atypique, Arthur Léopold-Léger auteur d'une belle surprise sur cette première étape, menaçant jusqu'au bout Ian Lipinski.Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat La Boulangère

Voilesetvoiliers.com : Comment avez-vous vécu cette première étape ?
Arthur Léopold-Léger 
:
Lorsque j’ai pris le départ, ce n’était que la cinquième fois que je naviguais depuis le début de l’année. Je n’avais plus passé une seule nuit en mer depuis 2015. Il a donc fallu un peu de temps pour que je me remette dedans, que je réapprenne à me servir du bateau, etc. Le début de l’étape n’a donc pas été facile d’autant que j’ai mis du temps à m’amariner. Heureusement que j’ai un bon pilote, car j’ai beaucoup été malade. J’ai, par ailleurs, eu un gros moment de solitude quand j’ai découvert que j’avais mal positionné le point de la Corogne, et que j’étais parti pour faire 120 milles de plus que tout le monde. Heureusement, je m’en suis rendu compte assez vite. Dans la foulée, près des côtes Espagnoles, j’ai attaqué très fort alors qu’il faisait nuit noire et qu’il y avait entre 22 et 24 nœuds de vent. J’ai tout gardé dessus. J’avoue que c’était un peu déraisonnable mais j’ai eu la satisfaction de doubler deux ou trois bateaux en vitesse pure. En arrivant dans le DST du cap Finisterre, ça s’est corsé. La mer était dégueulasse. J’ai empanné et franchement ça a été un peu chaud. J’ai décidé d’affaler et d’aller dormir quatre heures. Une fois de l’autre côté du DST j’ai empanné et j’ai réattaqué jusqu’à l’arrivée de la pétole. Dès lors, j’ai plus vécu ma course comme un voyage, bien sûr en donnant le maximum, mais sans jamais regarder où étaient les autres pour ne pas me mettre la pression. A posteriori, je me dis que j’ai bien fait, surtout avec les coups d’élastiques qu’il y a dû y avoir. J’ai la chance de ne pas perdre mon calme dans la molle. Ça m’a sans doute bien aidé et c’est tant mieux car c’est vrai que ça n’a pas été facile. Par moments, c’était carrément impossible de lâcher la barre sinon le bateau partait en toupie sur lui-même.

Voilesetvoiliers.com : Au final, vous finissez deuxième, à seulement 113 secondes du premier, Ian Lipinski. C’est une sacrée performance…
A. L.-L. :
 
En fait, je n’ai réalisé qu’au dernier moment. Jusqu’au passage de la ligne d’arrivée, je tenais à rester dans mon cocon. Je n’ai donc parlé à personne à la VHF mais quand j’ai entendu que le bateau qui était à côté de moi était Griffon.fr, je me suis dit que finir juste derrière lui, ce n’était pas honteux, même si d’autres bateaux étaient arrivés avant. En fait, j’ai même pensé que je n’étais pas le seul à m’être planté. Clairement j’imaginais qu’ils étaient déjà très nombreux à être arrivés à Las Palmas. J’ai hâte de regarder la carto.

Ian LipinskiIan Lipinski, vainqueur de la première étape au terme d'une arrivée disputée en match-race !Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat La Boulangère
Voilesetvoiliers.com : Après votre mésaventure survenue lors de l’édition 2013, (il avait été hélitreuillé au large de la pointe de Penmarc’h après avoir démâté puis être tombé à l’eau), on imagine que vous ne pouviez pas rêver plus beau retour sur l’épreuve ?
A. L.-L. :
Clairement, mais même sans ce résultat. Lorsque l’on est en mer, il y a évidemment toujours tous les tracas de la terre qui nous rattrapent à certains moments, mais même dans la pétole, même avec la longueur, j’ai savouré le fait d’être en mer.

Arthur Léopold LégerUn skipper amateur mais aussi un chef d'entreprise bien occupé... qui ne pense qu'à retrouver au plus vite son entreprise !Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat La BoulangèreVoilesetvoiliers.com : Vous l’avez dit, en raison de votre activité professionnelle, vous avez eu peu de temps pour vous préparer à cette Mini-Transat. D’ailleurs, votre nom ne figurait pas ou peu dans les pronostics. Dans ce contexte, ce que vous venez de réaliser est vraiment une très belle performance. En avez-vous conscience ?
 A. L.-L. :
Je connais bien mon bateau, ce qui est déjà une bonne chose. Je suis vraiment parti sur cette première étape sans aucune pression, mais avec l’idée de faire un beau voyage. De fait, j’ai fait un beau voyage. C’est vrai qu’en raison de mon activité professionnelle (il dirige Elixir – Aircraft, une start-up ayant développé le premier avion entièrement conçu sur le cloud, ndlr), je n’ai pas eu de temps pour me préparer. Je n’ai fait qu’une épreuve au début de l’année à la Grande Motte, une boucle de 68 milles qui a duré moins de 20 heures. C’était ma course de qualification. Ensuite, j’ai seulement effectué deux entraînements, le tour de l’île de Ré et le prologue. C’est rude quand on prépare une transat, mais pour moi, la priorité, aujourd’hui, reste le boulot.

Voilesetvoiliers.com : Justement, dans ce contexte, terminer deuxième de cette première étape, à seulement 1 minute et 53 secondes du premier et grand favori, c’est d’autant plus fort…
A. L.-L. :
 
Ces deux-trois derniers jours, dans la pétole, je me suis souvent répété «peu importe le résultat, dans tous les cas, je serai content». C’est sûr que finir deuxième, avec un écart de moins de deux minutes avec le premier, est une super cerise sur le gâteau. C’est exceptionnel, même. Ça ne fait pas loin de dix ans que je me suis lancé dans ce projet de faire la Mini-Transat. Il y a des dizaines et des dizaines de personnes qui m’ont aidé. Je tiens vraiment à les remercier. Maintenant, je dois rentrer en France au plus vite. Je ne sais pas à quelle heure est le prochain avion, mais il faut impérativement que je saute dedans. J’avais prévu de recommencer le boulot hier déjà. Je vais juste prendre le temps de ranger le bateau et d’y mettre un coup de jet d’eau. J’ai la chance de ne rien avoir cassé pendant l’étape. Ma seule «avarie» si l’on peut dire ça, c’est que j’ai cassé ma brosse à dent ce matin (Rires). C’est l’avantage de ne pas avoir eu des conditions difficiles. Le bateau est sec à l’intérieur et je n’ai rien à faire dessus.

Arthur Léopold Léger et Ian LipinskiIan Lipinski et Arthur Léopold-Léger dans le port à leur arrivée à Las Palmas.Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat La Boulangère
Voilesetvoiliers.com : Fort de ce premier résultat, comment allez-vous aborder la deuxième étape dont le coup d’envoi sera donné le 1er novembre ?
A. L.-L. :
 
Je vais l’aborder de la même manière que celle qui vient de se terminer car, une fois encore, je vais arriver au dernier moment à cause du boulot. Je crois qu’il y a un briefing obligatoire le 25 (octobre), eh bien je serai de retour aux Canaries à cette date. Pour ce qui concerne le résultat ? Je suis un régatier alors quand je suis sur un bateau, forcément j’ai envie d’aller vite et de tout donner. Cela étant dit, je me répète, mais je savoure avant tout le fait d’être en mer. Là, sur la première étape, j’ai vu des baleines, des dauphins, des poissons volants et des oiseaux dans tous les sens. La performance, c’est vachement bien mais le voyage, honnêtement, c’est encore mieux ! 

Valentin GautierValentin Gautier s'est imposé en catégorie Série au terme d'une première étape très disputée et qui vit pas moins de sept marins différents occuper la tête.Photo @ Christophe Breschi/Mini Transat La Boulangère

Avec Gautier, victoire suisse en série !

Dans la catégorie des bateaux de Série, on s’attendait à un beau match, et on n’a pas été déçu car, sur les 1 350 milles du parcours de la première étape, pas moins de sept leaders différents se sont succédés ! Au bon du compte, la victoire est revenue à Valentin Gautier (903 - Shaman – Banque du Léman). Le skipper suisse, qui a constamment oscillé entre la 11e et la 3e place, a joué un joli coup en se décalant légèrement plus à l’Est que ses adversaires à un moment crucial de la course, ce qui lui a finalement permis prendre la tête de la flotte, lundi en fin de journée. Au bout du compte, il termine avec respectivement 2 h 20 et 2 h 28 d’avance sur ses dauphins, Rémi Aubrun (868 - Alternative Sailing – Constructions du Belon) et Clarisse Crémer (902 – TBS). «Cette première place est super cool. J’ai eu une saison un peu compliquée. J’ai gagné la première épreuve (Pornichet Select) puis ensuite j’ai connu deux abandons successifs, le premier sur blessure et le deuxième sur casse matérielle. Après ça, j’avais besoin de me rassurer un peu alors forcément, empocher cette première étape, c’est vraiment chouette», a commenté le navigateur qui a terminé sa course avec quelques soucis d’électronique (centrale dégradée et VHF HS) et qui a douté jusqu’au bout. «La dernière nuit, j’ai vraiment cru que je devenais fou surtout qu’à un moment, j’ai vu des lumières revenir derrière, mais j’ai compris que c’étaient en fait les gars en course pour la troisième place en Proto !» Une troisième place, de fait, bien disputée, mais finalement décrochée par Erwan Le Méné, le skipper de Rousseau Clôtures qui complète donc le podium derrière Ian Lipinski et Arthur Léopold-Léger.