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INDUSTRIE NAUTIQUE

Recrutements massifs mais insuffisants

Pour soutenir la reprise, les chantiers nautiques ont dépassé leurs plans de recrutement, dévoilés à l’issue des exercices 2016-2017. Ainsi, Bénéteau a ouvert une quinzaine de postes supplémentaires, en plus des 500 CDI annoncés à l’automne dernier, et Fountaine Pajot est passé de 120 à 171 personnes recherchées. Mais ces plans ne sont toujours que partiellement pourvus, notamment pour les métiers du composite. Comment attirer les candidats ? Former et intégrer les recrues sans altérer le rythme de production ? Puis les conserver face à un marché très concurrentiel ? Autant de questions qui tournent en boucle, de chantier en chantier.
  • Publié le : 05/05/2018 - 15:30

BénéteauBénéteau a organisé des rendez-vous de recrutements lors du dernier Nautic de Paris. Photo @ Nautic

La reprise économique constatée sur l’exercice 2016/2017, avec notamment une croissance de 12 % du marché de la voile, a créé de forts besoins de recrutements. «Nous sommes passés d’une dizaine d’intérimaires, fin 2016, à une quarantaine de personnes fin 2017. Et la montée en puissance a été très rapide après les salons d’automne» constate James Segalen, directeur de production du chantier Amel. D’ambitieux plans de recrutement avaient donc été annoncés l’an dernier par la filière nautique, Bénéteau en tête. Pour pourvoir son plan de 500 CDI, le leader français avait même organisé des entretiens de recrutement sur le Salon nautique de Paris. Mais, cinq mois plus tard, plusieurs dizaines de postes ne sont pas encore pourvues.

Même constat chez Fountaine Pajot : 91 CDI ont été signés, laissant 80 postes vacants selon le décompte de fin juin comprenant les prochaines entrées en fonction. «La moitié des postes à pourvoir concerne les opérateurs en matériaux composites, détaille Claude Barrault, directeur des ressources humaines du groupe Fountaine Pajot. Nous cherchons aussi de nombreux menuisiers, à hauteur de 20 % des postes restants.» Mais les ressources humaines peinent à trouver les bons candidats. «Nous ciblons des travailleurs dans une zone géographique restreinte, puisque les départements limitrophes accueillent également des chantiers avec de forts besoins de recrutement» poursuit Claude Barrault. Et en période de forte activité, les profils spécialisés sont déjà en poste.

AmelAmel a organisé deux journées portes ouvertes pour attirer les candidats.Photo @ Nomades

Indispensable formation

Les chantiers ont donc misé sur la formation, en partenariat avec Pôle emploi, les lycées maritimes, l’Afpa ou d’autres organismes locaux, et à destination de demandeurs d’emploi en reconversion. Privilège Marine a ainsi intégré un ancien maître d’hôtel et un ancien garde du corps via une formation de trois mois sur les métiers du composite. «Nous avons embauché 10 des 16 candidats formés, précise Cécilia Edeline, responsable de la communication du chantier. Et nous réfléchissons à organiser une autre formation en menuiserie, même si nos besoins sont moins importants sur ce corps de métiers

Fountaine PajotChez Fountaine-Pajot, la moitié des postes à pourvoir sont pour l’usine de La Rochelle qui produit les grandes unités. Photo @ Fountaine-Pajot

Quant au groupe Fountaine-Pajot, qui accueille une dizaine de personnes par mois depuis janvier via ce type de formations, il met l’accent sur l’intégration des nouveaux arrivants. Un chargé de projet de l’organisme Cipecma réalise ainsi depuis octobre des fiches pour expliquer les termes et gestes techniques. « Nous avions besoin d’un regard candide », explique Claude Barrault. L’entreprise a également formé 130 tuteurs qui peuvent rester jusqu’à six semaines avec un nouveau venu. Mais ces intégrations ne se font pas sans difficultés.

La concurrence est rude

Bénéteau fait ainsi face à des difficultés opérationnelles ponctuelles. « Elles sont liées à la conjugaison de deux éléments, précise Mirna Cieniewicz, directrice communication corporate et financière du groupe. L’arrivée de nouveaux éléments au sein d’équipes qui s’installent dans de nouveaux locaux. » Les difficultés sont donc concentrées, en France, sur le segment catamarans, à Bordeaux et en Vendée. Reste ensuite à fidéliser les recrues, une problématique de plus en plus délicate, comme le souligne Claude Barrault chez Fountaine-Pajot : « Deux mois après leur arrivée en poste, 50 % des recrues nouvellement formées sont déjà parties. Ce sont des candidats de plus en plus éloignés de l’emploi. » Or ces demandeurs d’emploi spécialement formés aux besoins du chantier pèseront bientôt plus de 50 % des nouvelles recrues, faute de profils spécialisés disponibles.

atelierLes chantiers nautiques cherchent à changer leur image auprès des candidats en montrant la technicité des métiers. Photo @ Nomades

Enfin, ces formations d’environ trois mois ne conviennent pas à tous les chantiers. Amel, qui cherche encore à pourvoir près de la moitié de la quarantaine de postes ouverts, indique ainsi n’en intégrer qu’une part infime. « Vu la taille de nos équipes, nous ne pouvons pas fonctionner qu’avec des personnes sortant de formation », précise James Segalen qui se tourne vers des profils terrestres aux compétences pointues, notamment en menuiserie-ébénisterie.

Mais là encore, la concurrence est rude. Le chantier a donc organisé des journées portes ouvertes pour attirer les candidats et présenter la vie d’un chantier. 120 personnes ont participé à la première, en octobre 2017, pour cinq CDI signés. Lors de la deuxième journée, en janvier, qui a débouché sur 2 CDI, 90 candidats s’étaient présentés. La troisième journée portes ouvertes prévue en avril a été annulée. Mais le chantier ne s’interdit pas de retenter l’expérience.